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On trouvera ici, au fil des sommaires, des citations extraites d'ouvrages présentant un grand intérêt pour tous ceux qui s'intéressent aux sujets abordés. Mais ces livres sont tellement riches qu'il faudrait pouvoir tout citer ! Alors puissent ces notes de lecture vous donner envie de lire ces livres dont chacun pourra extraire " la substantifique moëlle "...
- Le
Nommé et l'innommable, Maud Mannoni
- Le
Lien et la distance, Claire Kebers
- A
la lumière du crépuscule, Jean Leonetti
- Apprenez
à écouter, Christel Petitcollin
- Cessez
d'être gentil, soyez vrai, Thomas d'Ansembourg
- Accompagner
en fin de vie,
José Pereira
-
La Chaleur du coeur empêche nos corps
de rouiller, Marie de Hennezel
-
Et moi aussi je
t'accompagne, Jacques Piquet
-
Mourir les yeux ouverts,
Marie de Hennezel
-
Préparer sa mort,
Nicolle Carré
-
Vivre avec une personne malade,
Nicolle Carré, Hubert Paris
Le
Nommé et l'innommable
Le dernier mot de la
vie
Maud Mannoni - Ed. Denoël, 1991
Ch 1 - La vieillesse aujourd'hui
La vieillesse n'a rien à voir avec un âge chronologique. C'est un état
d'esprit. Il y a des " vieux " de vingt ans, des jeunes de
quatre-vingt-dix ans. C'est une affaire de générosité de coeur, mais aussi
une façon de garder en soi suffisamment de complicité avec l'enfant que l'on
fut. Renoncer à ce que l'on fut, chacun aimerait remettre cela à plus tard, le
plus tard possible. C'est pourquoi la notion de vieillesse, fixée
arbitrairement à 60-65 ans, avec la " retraite ", et assimilée à la
fin de la vie active, a parfois chez certains des effets traumatiques ravageants.
Tel n'est pas le cas pour ceux qui ont la chance de trouver à cet âge des
activités de substitution
Ajuriaguerra disait qu' " on
vieillit comme on a vécu ", situant par là l'impact des années antérieures
au vieillissement. Une vie pleine et riche ouvre plus aisément à une
vieillesse sereine, mais c'est loin d'être la règle. Lorsque la passion d'une
vie s'est confondue avec l'action ou la création dans n'importe quel domaine,
on ne renonce pas du jour au lendemain si aisément à la place que l'on
occupait dans la société. De même pour une quantité de travailleurs, en
particulier artisans ou agriculteurs, qui peuvent encore se sentir à ce point
liés à leur fonction qu'en la perdant, c'est une partie d'eux-mêmes qu'ils
abandonnent, n'ayant dès lors d'autre perspective que celle d'attendre la mort,
en " passant le temps " dans les loisirs.
Aspect social du vieillissement
Une théorie du désengagement suppose acquise l'idée que les personnes âgées
se retirent elles-mêmes de toute vie sociale. On ne se pose pas volontiers la
question de savoir si ce n'est pas la société qui met les personnes âgées en
situation de devoir se retirer de toute vie active.
La personne âgée, lorsqu'elle se
rend compte qu'elle ne peut plus agir comme autrefois sur le monde ambiant, n'a
plus, semble-t-il, d'autre choix que de se retirer ( du monde ) dans la dépression.
Il arrive que l'angoisse se traduise en agitation, en interprétations paranoïdes,
alors qu'on assiste parallèlement à un ralentissement des fonctions végétatives.
La destruction du corps, vécue sur le mode d'un châtiment éternel, peut alors
se trouver associée à l'idée d'immortalité.
Vieillir n'est pas du tout ce
que l'on croit
Le drame de bien des vieillards
perdus dans leurs repères est qu'on ne leur parle plus. Ils ne trouvent dès
lors les mots pour dire leur désarroi. Il existe ainsi des formes de démence
qui sont le résultat d'un double enfermement : celui du sujet à l'intérieur
de lui-même et celui d'autrui qui ne cherche plus à communiquer avec lui.
Depuis
peu, l'on sait que biologiquement l'homme peut vivre jusqu'à cent ans et mourir
en bonne santé. Cette perspective de longévité crée à présent un problème
à la société qui craint d'avoir à faire face aux besoins d'une " société
de vieux " handicapés, pauvres et mal logés...
Une mentalité est certes à changer
: dans l'intérêt des personnes âgées ( et dans le nôtre ), il y a à étudier
comment leur ouvrir et leur maintenir des possibilités d'expériences
enrichissantes, qui leur redonnent quelque chose de l'ordre de l'estime de soi (
leçons données à des enfants malades, recherche d'un second métier,
rencontres conviviales de quartier, cours pour le 3e âge à l'Université ).
Corps malade - Espace social
Dans les pays européens, les
restrictions budgétaires programmées touchent particulièrement les personnes
âgées. Elles coûtent trop cher et vivent trop vieilles : c'est la
constatation. On tente donc de mettre en place, de façon arbitraire, une séparation
entre le social et le sanitaire en installant de nouveaux ghettos pour les
personnes âgées.
Au XXe siècle, la dissolution de la
cellule familiale a amené la société à devoir peu à peu se substituer à la
famille, à instaurer une politique de la vieillesse. La question qui se pose
est bel et bien : que faire de nos vieux ?
S'il y a effondrement psychique chez
le vieillard malade, isolé ou mal toléré dans sa famille ou dans
l'Institution, c'est parce que, dans son rapport à l'autre, la personne âgée
n'est plus traitée comme un sujet, mais devient uniquement objet de soins. Il
n'y a plus d'ancrage pour elle de son désir dans le désir de l'Autre. Le
vieillard, dans sa relation à l'autre, met en place des jeux de prestance et
d'opposition de pur prestige. C'est la seule façon pour lui d'arriver à se
faire reconnaître dans une révolte pour que subsiste une possibilité de
parole. C'est là où, non préparés dans notre relation aux personnes âgées,
nous manquons par notre surdité de quoi pouvoir les faire redémarrer comme
sujets désirants. Cela est d'autant plus important lorsque des personnes âgées
subissent des opérations mutilantes. Engagé dans la parole, l'être parlant,
s'il ne peut être entendu dans sa détresse, se raccroche en effet par défi à
un signifiant voilé par le langage : c'est la mort.
La vieillesse, vérité de la condition humaine
Dans la vieillesse avancée, la haine peut advenir comme protection du sujet
avant sa mort. Il y a des vieilles personnes qui, de leur vivant, obligent
autrui à faire le deuil de ce qu'elles représentèrent pour nous à une époque
de leur vie où la qualité des échanges instaurés avec elles n'avait pas de
prix. Ce que ces vieilles femmes ignorent, c'est que l'entourage est prêt à
les accepter comme elles sont, même si leur vie devait se réduire à une vie
purement végétative. Ce sont elles qui se retirent du jeu, avant terme, blessées
irrémédiablement dans le deuil de l'image brillante d'elles-mêmes qu'elles se
refusent à faire.
Tant que le vieillard demeure économiquement
et psychologiquement indépendant, l'envie de vivre demeure, mais il n'en va pas
de même lorsque la maladie s'installe ( et avec elle, la dépendance, la
solitude, l'abandon ). S'il y a des morts paisibles, il y a aussi des formes de
résignation proches d'une révolte impuissante.
Ch 2 - L'homme face à la
mort
Les progrès du
mensonge
Aujourd'hui, on a du mal à donner à
la mort un nom. Elle fait peur et tout se passe comme si elle ne devait pas
exister. L'homme, jadis, savait qu'il mourrait un jour et il s'y préparait
ainsi qu'à la séparation d'avec ses biens. Les testaments étaient très
souvent des testaments mystiques, où l'homme disait le souvenir du trajet d'une
vie que la mort lui renvoyait. Le testateur tentait par ailleurs de laisser un
message à sa descendance.
Un des effets de la dévaluation de
la " bonne mort " sera sa désacralisation. La banalisation de la mort
est en effet bien proche de la dénégation. Ce que l'homme demande, en fait,
c'est de partir en oubliant que la mort existe.
La relation entre le mourant et son
entourage subit un retournement dès la deuxième moitié du XIXe siècle ( et
cela n'est pas sans coïncider avec le début de la médicalisation ). Le malade
sait qu'il va mourir, mais l'entourage feint l'ignorance. Le malade se tait car
il refuse d'être traité en moribond. Le médecin se trouve, la plupart du
temps, acculé au mensonge. On fait donc comme si la mort n'existait pas. Le
corps est cependant là, nécessitant des soins, exhalant des odeurs et pas
toujours beau à voir. Le malade assiste peu à peu à un espacement des
visites. Par décence on ne donne plus à voir un homme qui agonise. Non content
de le frustrer de sa mort, on isole dès lors le " condamné à mourir
" à l'hôpital, devenu le seul lieu où l'on peut, de façon décente,
mourir en secret.
Aujourd'hui il ne s'agit plus tant
d'honorer les morts que de protéger le vivant affronté à la mort des siens.
L'espoir exclu
Un pont serait à établir entre l'étape où le patient se sait condamné mais
tient encore à la vie et l'étape où il y renonce car la souffrance le déborde.
Ce temps intermédiaire peut être long, voire durer parfois plusieurs années,
et on a trop souvent tendance, à ce moment-là, à considérer le malade comme
seul objet de soin, alors qu'il est essentiel pour lui que soient privilégiés
les moments où il peut, en tant que sujet, demeurer interpellable comme tel.
À chaque étape de sa vie, l'homme
est appelé à faire le deuil de l'étape précédente. A l'étape de la
vieillesse, il n'y a cependant plus d'espoir d'un gain ( celui que procure par
exemple le passage de l'adolescence à l'âge adulte. Ce qui se profile en
dernier, c'est une perte radicale mais, dans le présent, ce qui insiste, c'est
la remémoration d'une vie vécue avec l'être aimé ( les collègues de
travail, les amis ). Ce travail de deuil ( de ce qu'on a été ) a besoin de se
soutenir d'une dimension narcissique idéalisée, à savoir que, même déchu,
le sujet soit assuré de trouver dans l'Autre un garant, faute de quoi c'est à
travers sa propre image déchue qu'il attaquera l'objet qu'il est devenu.
L'idéalisation ou le déni de la mort
L'idéalisation de la mort se retrouve avant tout chez ceux qui ont connu une
vie de privations. Ils entrevoient la mort comme retrouvaille d'un havre de paix
( comme dans les negro spirituals ).
La notion de déni a été dégagée
par Freud " dans un souci constant de décrire un mécanisme originaire de
défense à l'égard de la réalité extérieure. Le déni porte non seulement
sur une affirmation qu'on conteste, mais sur un droit ou un bien qu'on refuse
". Ces deux positions participent de notre attitude à l'égard de la mort
et du mourant
Les stratégies de défense, face à
un malade en phase terminale, sont différentes d'un soignant à l'autre ( elles
oscillent entre la position dépressive et la position maniaque ). Il y a chez
chacun tentative de maîtriser l'angoisse d'une perte. Mais l'idéalisation de
l'expérience de la mort a souvent pour effet une attention accrue portée à la
personne du mourant. Le déni de la mort qui est également à l'oeuvre dans nos
structures sociales ( et hospitalières ) amène pourtant le soignant à une
conduite d'évitement lorsque la mort est survenue et qu'il n'y a plus rien à
faire. Cette conduite rend impossible l'accueil des survivants ( les parents et
la famille du mort ).
La mort, dès lors qu'elle
s'apparente à l'innommable, laisse le sujet sans mots pour aborder ce qui le
touche dans l'épreuve qu'il partage avec l'endeuillé. Ce qui est nommable se révèle
dans les rêves où l'on retrouve le passage à une symbolisation avec ses lois.
S'il arrive au soignant de fuir la
famille du mort et le mort lui-même, c'est parce qu'inconsciemment il se sent
" menacé " par les dieux vengeurs. Or, pour Freud, la vie, loin d'être
une déesse exaltante, ne se caractérise que par son aptitude à la mort. La
vie, ajoute Lacan, ne veut pas guérir. La vie conjointe à la mort retourne à
la mort. Mais cette réalité-là, au fond de nous-mêmes, nous la refusons.
Lorsque nous y sommes affrontés, nous demeurons sans mots, pétrifiés.
Ségrégation
Nos sociétés, aujourd'hui, se défendent de la maladie et de la mort par la ségrégation.
" Il y a là quelque chose d'important : la ségrégation des morts et des
mourants va de pair avec celle des vieillards, des enfants indociles ( ou des
autres ), des déviants, des immigrants, des délinquants, etc. Les sociétés
de jadis, pour divisées qu'elles fussent sur le plan social, n'étaient pas ségrégatives
(...). J'ai l'impression, impossible à justifier, que c'est le changement
d'attitude vis-à-vis de la mort qui a commandé les autres changements " (
Octave Mannoni - Des psychanalystes vous parlent de la mort ).
Sans le savoir, nous continuons malgré
tout aujourd'hui, comme hier, à vivre avec les morts. À vivre avec eux, à
notre insu. Cela se donne à lire dans les difficultés psychologiques avec
lesquelles parfois les névrosés sont aux prises. En psychanalyse, on retrouve
dans la névrose obsessionnelle l'impact des voeux de mort refoulés. Ceux-ci
reparaissent sous une autre forme, jusqu'à " empêcher " le sujet de
vivre pleinement sa vie. Ce qui n'est plus pris en charge de façon collective
se déguise ainsi sous forme de croyances et de superstitions qui en viennent à
gouverner la vie de l'individu.
Les traditions culturelles -
lesquelles sont à l'origine de toute vie créative - ont tendance, lorsqu'elles
se perdent, à se " retrouver " elles aussi sous forme de névroses
privées.
Nous nous sentons impliqués dans
cette misère [ référence à une enquête menée dans un hospice de la région
parisienne ] qui relègue à l'abri de notre regard des vieillards du quatrième
âge nous faisant entendre ce que nous avons fait d'eux. Chacun vit sa
vieillesse de façon singulière, vieillesse qui s'enracine par-delà tout un
itinéraire de vie dans l'enfance de chacun. Chacun garde en lui, comme médiateur
de parole, l'image de qui l'a initialement aidé à vivre, à parler, à aimer.
La survie de chacun tient à l'existence d'un être aimé, que ce soit le père
idéalisé de l'enfance ou la mère idéalisée disparue. Ce qu'il y a de vivant
se raccroche ainsi à une image du passé, image de parents morts ou image des
enfants ou petits-enfants que les vieux ont eus ou non.
(...)
Ce qui est redouté, c'est le
risque de perdre la tête. Ce qui est dénoncé, c'est l'infantilisation dont
ils sont l'objet.
La médecine a un rôle à jouer
lorsqu'il s'agit de rendre confortable une fin de vie éprouvante. Il ne s'agit
pas de se débarrasser par des pilules roses ou bleues d'un malade gênant, il
s'agit de créer autour de celui-ci un chaînon de présence humaine, sur fond
d'un traitement adapté à la personne âgée. (...) L'apaisement de la
souffrance, un mourir lucide, c'est ce que demandent les patients. Cela suppose
de la part du médecin un décodage correct entre ce qui, de la plainte, relève
de la douleur physique et ce qui renvoie à une douleur morale, sans minimiser
la superposition des troubles, voire leur enchevêtrement. Les soins
intelligents supposent donc que l'on se donne les moyens de garantir au patient
une qualité de vie. La mort, même programmée, survient toujours trop tôt -
ce dont témoignent les patients eux-mêmes lorsque, ayant demandé la mort, ils
se révoltent dans un dernier sursaut de vie.
(...)
Soulager la douleur, le ministre de
la Santé considère cela aujourd'hui comme un devoir pour le médecin, même si
la vie doit s'en trouver écourtée. Ce qui n'est guère pris en compte ( le
manque de personnel y est pour beaucoup ), c'est la nécessité d'une présence
auprès d'une personne isolée dans un milieu étranger ( vécu facilement sur
un mode persécutif ). Assurer une présence, c'est aussi savoir caresser un
visage et trouver les mots retenant l'intérêt du malade, son
" accrochage " à la vie. La véritable question éthique est là. Car
aujourd'hui, si on communique volontiers les recettes létales aux soignants, on
ne prend guère le temps ni la peine de créer autour du malade l'environnement
dont il a besoin. Au niveau ministériel, on est prêt à couvrir toutes les
formes d'euthanasie, mais non à dégager le personnel nécessaire pour assurer
une fin de vie décente aux patients condamnés.
Hypocrisie de la société
La politique de la vieillesse des sociétés occidentales est scandaleuse. Elle
réduit ses membres à l'état de déchets, dès lors qu'ils ne sont plus
exploitables. Une société se crée ainsi où les jeunes se trouvent isolés
des vieux. Pour se donner bonne conscience, les États développent des établissements
pour personnes âgées. Plus de la moitié ne correspondent pas aux conditions médico-psychologiques
requises. Ces maisons constituent néanmoins pour les investisseurs des
placements rentables. La vie, dans ces nursing homes a pour effet de tuer le
vieillard à qui tout désir de vivre est ôté.
Les soins à domicile sont limités ;
en France ne sont même pas accomplies quatre heures effectives.
L'augmentation numérique des
personnes âgées dépendantes a obligé la collectivité à faire face à
l'accueil et à l'hébergement qu'elles sont en droit d'attendre. Les droits des
personnes âgées ne sont toutefois pas respectés.
La vraie question, c'est que la
personne handicapée ( mentale, physique ou âgée ) nous renvoie une image dégradée
et avilie de nous-mêmes. C'est pour cet insupportable-là que nous avons inventé
la ségrégation. Chacun finit par être le seul que sa propre mort regarde.
Cette solitude que connaissent les déviants, les malades et les vieux invalides
constitue l'autre face du néo-utilitarisme qui s'est emparé de la vie
publique. Aussi nos propres enfants payeront-ils sous forme de nouvelles névroses
privées la façon dont nous avons été inhumains à l'égard de nos
ascendants.
Ch 3 - Freud, la maladie
et la mort
La maladie, la mort
Freud situe l'angoisse de mort soit en réaction à une menace extérieure, soit
au cours d'un processus interne comme dans la mélancolie. Il s'agit cependant
toujours d'un processus se déroulant entre le moi et la sévérité d'un
sur-moi
( agissant comme procureur ). Freud montre une sorte de hiérarchie du danger
qui, à terme, peut se traduire par le désir de mourir ( désir qui devient
source d'angoisse de mort ). néanmoins, dans toute maladie grave ( et c'était
le cas pour Freud ), le désir de vivre intervient et tente de s'imposer là où
par ailleurs la mort est à l'oeuvre. Il reste que le noyau du sentiment de
danger, Freud le situe du côté d'une détresse impensable, celle qui surgit
lorsque la possibilité d'être immortel s'impose comme illusion au sujet.
( cf. " l'inquiétante étrangeté ", notion d'une angoisse refoulée qui fait à un moment retour. L'inquiétante étrangeté, Freud la rend également présente dans l'épilepsie et la folie. Il insiste sur le fait que l'inquiétante étrangeté surgit quand se trouve abolie la distinction entre fantaisie et réalité ; il y voit la source de bien des pratiques magiques, pratiques que l'on retrouve sous des formes diverses dans la vie de certains névrosés ).
La culpabilité du survivant
Plus nous nous réclamons innocents, plus ( par suite d'un déplacement des
pulsions agressives ) le sur-moi se charge de nous torturer.
Thèse de la culpabilité du
survivant : ce que Freud avoue, c'est que, partout où il y a hiérarchie et
avancement, il y a place pour un désir réprimé de prendre la place du rival.
Deuil et mélancolie
Le deuil se situe dans le champ du principe de réalité : il y a séparation
d'avec l'objet, dès lors qu'il n'existe plus. Le travail du deuil consiste
ainsi en un désinvestissement d'un objet auquel il est d'autant plus difficile
de renoncer qu'une part de soi-même s'y trouve perdue. La nostalgie de l'objet
perdu se trouve ainsi ravivée chaque fois qu'une situation en vient à rappeler
l'attachement de soi à l'être aimé disparu.
Le deuil " normal ", Freud
le considère comme un processus long et douloureux qui finit par se résoudre
de lui-même lorsque nous arrivons à trouver des objets de remplacement à ce
qui fut perdu.
Ch 4 - La toute dernière
fois - La médicalisation de la mort
Si le soutien aux
personnes âgées et à leurs familles, l'aide accordée pour leur maintien à
domicile, constitue la politique du Secrétariat d'État chargé des personnes
âgées, les mesures pratiques mises en oeuvre sont loin de correspondre à
l'ambition politique affichée.
Cette difficulté pour notre société
à faire une place à ses " vieux " a pour effet le souci qu'ont ces
derniers à ne pas avoir à peser sur leurs enfants. Une partie d'entre eux préfère
quitter la vie discrètement. Près de la moitié des suicides de personnes âgées
en France sont le fait des plus de cinquante-cinq ans. Après quatre-vingt-cinq
ans, le suicide est dix fois plus élevé que chez les jeunes de quinze à
vingt-quatre ans.
Comment " resocialiser la mort
" ? Telle e st la question que l'on retrouve au fondement même de l'oeuvre
de Maurice Abiven ( qui créa en 1987 la première unité de soins palliatifs à
l'Hôpital international de l'université de Paris ). Ce qui se retrouve mis en
cause, c'est la médecine conçue uniquement pour guérir. Si la médecine ne
peut plus guérir, elle peut soulager et permettre au patient de vivre sa vie
jusqu'à son terme parmi les siens.
Escamoter la mort, c'est aussi
laisser l'endeuillé aux prises avec un non-sens auquel sa propre vie aura du
mal à se ressourcer.
On peut noter le lien actuel entre
une société de moins en moins conviviale et une médecine de pointe dont
l'effet est de rejeter le vieillard malade à l'hôpital. Le souci de la fin
d'une vie digne apparaît alors curieusement à travers la conquête du droit à
l'euthanasie.
L'homme croit qu'il peut se préparer à la mort. En réalité, lorsque la
maladie surgit, on n'y est jamais vraiment préparé. On peut faire face, c'est
tout. Dans tout désir, il y a une part d'illusion. Ce qui est nommable dans le
rêve, c'est le passage à une symbolisation avec ses lois. A la phase
terminale, on trouve le désir de dormir, mais aussi la mort, du côté de
l'innommable comme tel.
Ce que la vieille personne retient
quand elle va mourir, ce sont les " mauvais traitements " subis,
c'est-à-dire les contraintes et les soins corporels qui lui rappellent ce qu'il
y a de plus archaïque dans son enfance. La personne âgée distingue très
finement les figures de son entourage situées comme " bonnes " et
celles exécrées, de certains professionnels ou parents qui la traitent en pur
objet. Quant aux visiteurs et amis, elle fait aussi parfaitement le tri entre
ceux qui " lui font du bien " et ceux qu'elle préfère tenir à l'écart.
La " maladie " et la dépendance
ont, au niveau du nivellement des classes sociales, l'effet suivant : l'anonymat
pour tous. Comme être parlant, la personne âgée en milieu hospitalier
n'existe plus et, dans bien des familles mal secondées, la charge réelle représentée
par un grand malade à domicile a pour effet de rendre certaines personnes
" méchantes ". Elles réagissent comme ces mères se plaignant que
leur enfant " leur a fait " une rougeole. L'agressivité des adultes
est facilement là couverte par l'amour, certes, mais au moindre dévoilement
d'une situation, c'est aux voeux de mort que l'on a affaire, et la personne âgée
le sent.
Le premier réflexe des soignants est
souvent d'infantiliser le patient traité en enfant indocile... Ce sont des
rapports de force parfaitement inutiles et dégradants qui s'instaurent dans une
situation où le bien-être du patient n'est pas pris en compte ( la nécessité
de le faire boire, le plaisir de la nourriture, qu'il puisse ou non manger seul
).
Notre société aujourd'hui n'a pas
tant à apprendre à approcher la mort autrement qu'à se prononcer d'abord pour
savoir si elle entend assurer une qualité de vie à ses vieux, une vie digne et
paisible jusqu'à son terme. Ce n'est pas le cas actuellement.
Le
Lien et la distance
La mesure de notre humanité
Claire Kebers - Ed. Racine, 2007
Ch. 1 - Le lien et la
distance
Communiquer, désirer, respecter sont des maîtres mots pour dire le lien et la
distance.
Des peurs et des résistances
Nos peurs et nos résistances parlent de ce que nous faisons de la distance
quand nous nous y réfugions pour échapper aux risques du lien, aux conséquences
du lien, c'est-à-dire à ce qui engage, voire expose, l'indicible de soi-même.
La distance prend alors des allures de tour d'ivoire inaccessible aux émotions,
non qu'elles n'existent pas mais elles sont comme figées, murées en elles-mêmes.
(...)
Quant
au lien, c'est le rapport à soi qui en constitue le point de départ.(...
) Pour combler nos manques dans maints domaines, plus souvent affectifs et
relationnels, nous poursuivons le lien dont nous attendons, ou dans tous les cas
espérons, qu'il nous protège des sentiments d'être abandonné, méconnu,
exclu, incompris, mis en échec...
(...)
Le lien et la distance, deux mesures
qui se rejoignent et se complètent pour humaniser notre humanité.
Le serviteur inutile
Vouloir
faire les choses envers et contre tout amène à les faire à n'importe quel
prix, à se rendre indispensable ou tout au moins à croire que nous le sommes,
à créer une interdépendance qui alourdit jusqu'à les fausser les relations
de tous ordres introduites dans nos liens.
Une chose est le besoin de se rendre
utile comme pour compenser un vide à l'intérieur de soi, autre chose est le désir
de servir, très justement dit : de faire ce qu'il y a lieu de faire. Ni plus ni
moins. Pas plus, par respect des autres mais aussi de soi-même. Pas moins, par
désir de ne pas se rendre avare de soi-même.
Écouter fait le lien
L'écoute fait lien entre soi et autrui parce qu'elle offre à celui qui s'exprime de se sentir exister, à celui qui écoute de se rassembler dans son choix d'être un vivant écoutant, un écoutant vivant !
Écouter
souffrir
La souffrance ne supporte ni les
arrivistes de la compassion, ni les triomphalistes de la foi. À quelqu'un qui
souffre, il ne s'agit pas de tenir un discours moraliste ou religieux sur le
problème du mal. Il s'agit par contre d'entrer en relation, de faire lien avec
un semblable qui a mal à son âme, à son corps, à son affectivité, à son
espérance, mal à tout lui-même.
L'impuissance
Il
s'agit de (...) vouloir que l'autre veuille son propre bien. Autrement
dit, ne pas croire que c'est l'écoutant qui est détenteur du bien pour
l'autre, propriétaire de la réparation, de la solution, de la réponse.
En nous mettant à l'écoute, nous
" faisons " ce que nous avons à faire pour autrui, mais nous ne l'empêchons
ni de peiner en sa vie, moins encore de mourir en son temps.
La distance préserve
(...) il
ne s'agit pas, sous prétexte de distance, de fuir le monde, au contraire d'y
aller, mais sans y laisser sa liberté existentielle, son âme ai-je envie de
dire !
Ch. 2 - Quelle écoute en lien et à distance ?
Que
nous révèle la maladie ?
La
dissociation entre la personne et la maladie, entre soigner le corps et prendre
soin de la personne réduit le malade à un objet médical rendu muet et
soumis.
(...)
Quelles
que soient les altérations du corps, le patient et le soignant trouvent la part
vivante d'eux-mêmes, c'est-à-dire le lien entre eux, dans la parole à
laquelle invite le lien.
(...)
Plus la difficulté du malade à
s'exprimer est grande, plus la parole du mourant s'affaiblit jusqu'à être
inaudible, plus l'écoute a à se faire mobile, attentive, intuitive si
possible, jusqu'à renoncer à comprendre pour ne plus se mobiliser que dans le
regard qui voit ce qui tourmente et ce qui délivre. Dans le toucher aussi qui
caresse une main, un front à la manière d'une tendresse qui, elle, entend le
vif des sentiments. Dans les situations extrêmes de vie et de mort, l'écoute
n'a pas à se soucier de réussir ou d'échouer, seulement de se maintenir dans
un désir assez fort pour ne se laisser entamer par rien ! Par rien... parce que
lien et distance, quand ils se ressourcent dans le terreau de notre humanité,
se réfléchissent et se renouvellent dans le sacrement de la vie, ne se
soucient que d'offrir la vie !
(...)
Pour garder ce que l'on appelle la
bonne distance, nous ravalons nos larmes. Probablement qu'en bien des
circonstances c'est un effort nécessaire pour ne pas encombrer le malade. Mais
une chose est de garder une certaine réserve par rapport à notre sensibilité
personnelle, autre chose est d'installer des barrières protectrices qui ne font
que durcir la distance.
Ch. 3 - Dans le parcours
des soignants
Entre
lien et distance : la finitude
Du
côté des soignants, entre autres ceux qui sont engagés dans les soins
palliatifs, la souffrance ne survient pas seulement en raison des charges
psychologiques et émotionnelles répétitives, elle est également due au fait
que la mort pose une question qui reste sans réponse.
La
demande d'euthanasie
Le
lien dont sont capables médecins et soignants avec leurs patients en fin de vie
crée cette écoute et ce regard qui permet de débusquer l'ambivalence de la
demande d'euthanasie et de répondre à sa réalité. Quant à la distance, tout
aussi indispensable que le lien, elle crée cet espace qui permet aux soignants,
aux médecins, aux volontaires d'identifier leur angoisse personnelle car, non
reconnues, la peur, l'angoisse, à chaque décès le constat de la finitude,
incitent le soignant à entendre comme une demande de mourir ce qui en réalité
est un appel à l'aide, une demande de soulagement, une aspiration puissante à
ne plus vivre comme ça...
Ch. 4 - Les proches, berceau de la vie et de la mort
Être
à la hauteur de quoi ?
Présent
corps et âme, le proche peut en arriver à perdre la juste mesure du lien et de
la distance, au point de perdre ses forces, celles dont a précisément besoin
le malade.
Ni trop près ni trop loin du malade,
c'est un difficile équilibre. Oserais-je dire que c'est un effort, au sens où
il peut être plus facile de se dépenser sans compter que de se donner
sans tout donner...
Le
sentiment de culpabilité
(...)
c'est ce que nous sommes face à la vie
et face à la mort qui passe dans la relation avec notre proche en fin de vie.
Sur la route des adieux, parfois longue, parfois courte, prévisible ou imprévisible.
Nos fragilités et nos peurs confondues ne relèvent pas, comme nous le
craignons, d'une incompétence mais bien d'un surplus d'humanité face à
l'humanité de cet autre en partance. Ce que nous sommes, il le sent !
Le volontariat : le commencement et l'inachevé d'un lien
C'est (...) en raison même de leur rôle
d'écoutants et d'accompagnants que les volontaires ont à être particulièrement
attentifs à l'éthique du lien et de la distance dans le cadre de leur
volontariat. Disponibles, sans jugement, sans projet autre que celui d'offrir (
et non d'imposer ) leur présence à l'humanité du malade (...).
Ch. 5 - Souffrance d'un monde qui se voudrait sans souffrances
À quelqu'un qui souffre, que lui dire ?
(...) à quelqu'un qui souffre, le
soignant, le volontaire, l'accompagnant ne disent rien d'autre qu'eux-mêmes.
Mais ils le disent moins avec des mots qu'avec du respect, de l'empathie, de la
réserve, de la tolérance, de la modestie et leur propre travail de démaîtrise.
À l'écoute de l'autre dans l'épreuve qui le touche ou l'accable, nous avons,
qui que nous soyons pour l'autre, à entendre des interrogations, des
sentiments, des besoins qui ne laissent place à aucun compromis possible,
aucune fuite, aucun semblant. C'est ici l'exigence d'un lien. C'est en même
temps celle d'une distance, non pas éloignement de l'autre mais distance de
soi-même pour faire place à cet autre précisément.
Savoir, savoir-faire, savoir-être
Le lien et la distance se rencontrent autour de trois conditions : le savoir, le
savoir-faire, le savoir-être. Mais chacune de ces conditions implique un
travail sur soi, une remise en question de soi qui ne sont pas anodins.
Ch. 6 - En fin de vie, le lien et la distance
N'aie pas peur
Le
lien et la distance, extraits de la gangue des fausses interprétations ou des
pièges qu'il recèlent, dénoncent la fusion qui étouffe, la distance qui
rejette.
(...)
Face
à l'autre en souffrance, quel que soit son lien avec soi, il faut une écoute
attentive pour ne pas tomber dans le piège qui consiste à vouloir ou à croire
qu'il est opportun de proposer un sens à l'expérience d'autrui, comme si nous
savions mieux que lui ce qu'il en est de son propre coeur, de sa propre âme ! Néanmoins
le paradoxe de la vie et de la mort est que - lorsque tout vous lâche, que
survient la souffrance, se creuse la solitude, vous envahit la tristesse,
s'impose la finitude avec son cortège de séparations - il se produit comme une
vague de fond, sorte de mouvement qui s'empare du vivant - le mourant est un
vivant jusqu'au bout - et qui a pour nom l'amour, la générosité, l'espérance,
la foi pour ceux qui en vivent la grâce.
Quitte
ton pays, et va... ( Gen 12, 1 )
Quitte-toi, écoute et parle
(...) la dimension spirituelle est inhérente
à l'accompagnement des fins de vie (...) L'exigence
majeure de l'accompagnement ultime réside dans le respect inconditionnel de ce
à quoi et à qui croit le malade, comme de ce à quoi et à qui il ne croit
pas.
La question sur la vie et sur la mort est donc au centre de l'écoute et de
l'accompagnement des grands malades et des mourants.
(...)
Par notre authenticité sans masque (
mais pas sans la réserve qui respecte l'autre ), nous donnons au malade la
permission d'être lui-même sans masque, sans la crainte d'être jugé ou jaugé.
Ces
attitudes supposent un engagement qui résulte d'une relation, chaque fois, de
personne à personne avec le malade. Elles supposent plus encore que nous ayons
pris conscience de nos propres ressentis face à la souffrance, la nôtre. Face
aux manques, les nôtres. Face à la finitude, la nôtre. C'est ici qu'apparaît
l'incontournable devoir du lien et de la distance : que dans la relation de
soins et de " prendre soin " chacun, le soignant et le soigné, touche
sa dignité d'être humain, quelles que soient les apparences. Quelles que
soient les voies de sa spiritualité ou de sa foi. Quelle que soit sa
philosophie existentielle.
(...)
(...) dans
la relation avec le malade et la personne en fin de vie, l'accompagnant (
soignant, volontaire, famille, laïc, pastorale ) est un passeur, n'est qu'un
passeur. Comme tout passeur, après avoir " déposé " son passager,
il s'en retourne seul, avec sa foi ou non, avec ses réponses ou non, mais habité
comme chaque fois par l'urgence de prendre soin de lui-même afin de pouvoir (
je parle surtout des soignants et des volontaires ) prendre soin d'autrui, à
nouveau. Ce peut être aussi prendre soin de sa foi.
Jean Leonetti – Ed. Michalon, 2008
La lumière du crépuscule
p.
17 - Une belle mort est-elle possible ? La belle mort n'est pas obligatoirement
la mort subite qui surprend le sujet et son entourage par sa brutalité. Elle
n'est pas non plus cette souffrance interminable qui précède la mort. Elle est
peut-être cette douce tristesse qui prolonge, dans les souvenirs partagés, les
échanges profonds et utiles.
(...) Le mourant est un vivant qui
peut transmettre et aider les autres à vivre.
La certitude tue
p. 24 - Il y a une grande différence entre l'opinion d'un instant, en réaction à une question mal posée, et le choix citoyen réfléchi sur des engagements porteurs de sens.
L'amour vainqueur de la mort
p. 31 - Aimer c'est dire à celui qui se sent inutile qu'il importe et qu'il compte pour vous. Seul l'amour est vainqueur de la mort.
Dormir ou mourir
p. 36 - La stratégie thérapeutique de la sédation(...) Lorsqu'un traitement qui maintient artificiellement un sujet en survie est arrêté ou lorsque la douleur ne peut être calmée par les médications classiques, quelle meilleure alternative existe-t-il pour accompagner le malade jusqu'à la fin ?
Mort sans être mort
p. 44 - Aucune décision d'arrêt de traitement de survie n'est facile à prendre. J'imagine l'attente de la famille de cette deuxième mort, j'imagine l'hésitation de l'équipe médicale dans sa démarche éthique. Dans ces situations, un référent extérieur rompu à ces débats éthiques et ayant une bonne connaissance de la démarche palliative est indispensable pour aider à une décision qui ne peut être prise qu'au cas par cas et après une démarche commune de pensée.
Traiter ou tuer
p.
46, sqq. - Traiter ou tuer ne peut pas être un choix médical et la demande de
Chantal Sébire ne pouvait qu'aboutir à une impasse juridique et médicale.
(...) Quand l'image est plus forte que la
pensée, après les personnes ce sont les valeurs qui deviennent vulnérables.
La force immobile
p. 51 - Changer notre regard sur la personne en fin de vie ou la personne handicapée, ce n'est ni l'engluer dans la pitié ni l'exclure du champ de l'humain, c'est simplement lui rendre l'égalité à laquelle elle a droit.
Le suicidé : victime ou héros ?
p. 57 - Cette histoire remet en cause l'idée répandue d'associer la mort volontaire au courage. Certaines formes de suicide peuvent être courageuses, s'il s'agit de se soustraire à l'ennemi ou de sacrifier sa vie pour un idéal ou pour les autres, mais dans l'immense majorité des cas le suicide est une fuite hors de la vie devant une situation insupportable et ne mérite d'être considéré ni comme un acte de lâcheté ni comme un acte de courage.
Laisser mal mourir
p. 65 - (...) Il est un moment où la sagesse, l'humanité et l'humilité doivent contraindre à arrêter ce qui est devenu inutile ou disproportionné. La loi l'affirme clairement ajoutant que le médecin dans ce cas doit préserver la dignité du mourant. Pour le malade et sa douleur potentielle non exprimée, pour son entourage en souffrance, pour le simple respect de ce corps abritant une vie finissante, l'arrêt d'un traitement inutile de survie ne dispense pas du devoir de non-abandon et d'un traitement d'accompagnement.
Un peu de soleil dans l'eau froide
p. 70 - Dans nos sociétés évoluées techniquement et scientifiquement, les hommes meurent souvent misérablement seuls. la mort réunit le faible et le puissant, mais on peut mourir comme un prince au coeur de la misère : il suffit d'une présence.
Mon corps est à moi
p.
72 - Non, mon
corps, parce qu'il est un corps humain, n'est pas totalement dépendant de ma
seule volonté. Je ne peux altérer la dignité qui est liée à mon humanité
en raison même de cette humanité.
(...) Il n'y a pas de mourant
indigne, il y a des regards indignes portés sur eux, quelquefois masqués par
une compassion humiliante. Il y a aussi l'absence de regard, le regard
détourné, message de dégoût ou d'indifférence.
Le
combat inutile ?
p. 76 - L'agonie est un temps qui peut apparaître interminable mais aussi chargé de sens. Si les dernières paroles ont tant d'importance c'est qu'elle délivrent un message, accordent un pardon, donnent une recommandation, permettent une réconciliation.
Je partirai avec mes deux jambes
p. 90 - Il aura fallu (...) attendre vingt-cinq ans pour que soit inscrit dans une loi le droit de refuser un traitement et d'exiger des soins, le devoir de non-abandon et de non-souffrance et le respect de l'autonomie de la personne.
Ce n'est pas moi d'être un légume
p.
97 - Violer l'intime souffrance en jetant la parole du malade aux oreilles
inattentives d'un public indifférent est le contraire de la révélation de la
vérité, de l'attention portée à l'autre et de la défense d'une cause juste.
Dans l'amalgame simplificateur de la
compassion émotionnelle, l'opinion publique considère que cette vie est
insupportable et qu'il faut supprimer la personne souffrante pour supprimer la
souffrance.
L'exception à la règle
p. 105 - La loi qui fixe la règle applicable à tous est bien incapable de définir l'exception à la règle. Qui déciderait que la situation est exceptionnelle et que la demande de mort est recevable : un comité d'experts ! Nommé par qui ? Pourquoi ce comité pourrait-il, au-dessus de la loi et contre la loi, décider de la vie ou de la mort de nos concitoyens ?
Dérive mercantile
p. 119 - J'ai souvent entendu avancer le coût des soins palliatifs pour expliquer le retard de leur mise en place. J'ai la certitude pourtant que le développement d'une culture palliative et éthique est économique. Il faut avoir vu ces vieillards déments attachés au lit et gavés par des sondes gastriques en fin de vie pour comprendre que le temps consacré à ces actes serait mieux utilisé en accompagnement humain.
Le choix de société
p. 127 - (...) quelle société voulez-vous ? Celle du doute collectif et de la recherche passionnée de la vérité ou celle de la certitude individuelle et du refus de l'autre ? Celle qui se mobilise pour les plus fragiles et qui met en place les moyens pour y parvenir ou celle du chacun pour soi ? Celle qui accepte la complexité des hommes, des problèmes et de la vie ou celle qui caricature et qui simplifie ? Celle qui accepte l'espace de la liberté, du dialogue et de l'humilité ou celle qui certifie, codifie, catégorise et cloisonne ?
Le droit à la vie est le premier droit de tout être humain
p. 131 - dans notre pays (...) on évoque le " vide juridique " chaque fois qu'on estime que le cas particulier ne trouve pas de réponse spécifique dans la loi. Mais la loi n'est pas faite à partir de cas particuliers pour des cas particuliers parce qu'elle s'applique à tous. Chaque drame médiatisé engendre sa loi spécifique qui n'évite hélas pas d'autres drames : loi sur les manèges, sur les chiens dangereux, les ascenseurs.
Conclusion - Lettre à un ami partisan de l'euthanasie
p. 137 - Je voudrais surtout te poser la question du pourquoi ? Pour ne pas subir de déchéance physique et peser sur les tiens ? Peut-être devrait-on en parler avec ceux qui t'aiment, puisque c'est pour eux que tu envisages d'éliminer le fardeau que tu constitueras. En réalité, c'est bien pour toi, pour laisser de toi aux autres cette image intacte dans un " mourir vivant ". Avouons ensemble que cette peur de la déchéance et de l'approche de la mort est bien plus angoissante que la mort elle-même. mais admettons ensemble que la dignité est une valeur qui ne peut être confisquée par quiconque.
p. 139 - (...) Je répéterai que dans une République des valeurs le " nous " du projet collectif est préférable au " je " du choix individuel, que demain doit être porteur d'espoir pour chacun et que les lois doivent protéger les plus faibles qui ne doivent jamais être considérés comme indignes.
Christel Petitcollin - Ed. Jouvence, 2006
p. 13 - L'écoute devrait idéalement représenter 80% de notre communication.
p. 25 - La façon de percevoir de chaque être humain est unique. Cela veut dire que chacun d'entre nous est unique au monde. N'est-ce pas une bonne nouvelle ? Vous êtes unique au monde. (...) Cela veut dire que vous êtes une oeuvre d'art, précieuse dans son unicité, ainsi que chacun de vos interlocuteurs. Imaginez la différence que cela peut faire en communication, lorsque vous abordez chaque nouvel interlocuteur en pensant faire la connaissance d'une personne unique au monde ! C'est également la fin des complexes d'infériorité ou de supériorité. Nos complexes viennent de comparaisons inadéquates entre les forces des autres et nos propres faiblesses. Les oeuvres d'art uniques au monde sont incomparables. (...) Ne vous mesurez plus aux autres et prenez le temps de découvrir vos richesses personnelles. Cela vous permettra d'aborder les autres oeuvres d'art qui vous entourent sans jalousie.
p. 27-28- Un
comportement ne peut être compris que si l'on connaît le contexte dans lequel
il a été pris. (...) Cela peut être résumé par ce superbe proverbe indien :
" Ne fais pas ta langue de vipère sur ton frère avant d'avoir marché
trois lunes dans ses mocassins ".
En revanche, distinguer la personne
de ses actes ne veut pas pour autant dire tolérer des comportements
inacceptables. Comprendre ne signifie pas accepter. Il est tout à fait possible
de refuser de cautionner des agissements, sans pour autant juger celui qui les
commet.
(...)
" Dans tout crapaud sommeille un
prince, il est inutile de tuer le crapaud, il suffit de réveiller le prince
". Cette phrase d' Éric Berne, le fondateur de l' Analyse
transactionnelle, invite à orienter son esprit vers le potentiel positif des
gens, au lieu de s'acharner sur leurs défauts. Nous sommes tous des princes et
des princesses, même si nous avons parfois des comportements de crapauds.
p. 47 - Comment se
crée ce rapport de confiance mutuel ? Comment faire pour que les
représentations du monde, les " bulles " respectives, s'alignent,
s'accordent et se synchronisent, pour que les croyances et les valeurs
concordent ? (...) Le rapport consiste à rencontrer l'autre dans son
modèle du monde.
Créer ce rapport de confiance
consiste donc à accepter d'entrer dans la bulle de son interlocuteur,
c'est-à-dire chercher à le comprendre, s'intéresser sincèrement à lui, à
sa vie, à ses passions, à ses émotions.
Le chapitre III traite des positions de communication ( la bulle,
l'identification, la métaposition, la projection ).
Le chapitre IV traite de l'écoute
active ( l'écoute totale, la reformulation, la reformulation interrogative, les
" oui, mais " ).
p. 53 - ( écoute
totale )
L'écoute totale consiste
à se taire, à se centrer sur celui qui parle, à écouter silencieusement en
utilisant uniquement de temps en temps des expressions comme " je vois
", " je comprends ", " hum... hum ". C'est une attitude
bien différente des échanges ordinaires où les gens s'interrompent
mutuellement. (...)
Soyez physiquement et visuellement attentif. Pendant cette phase d'écoute totale, votre interlocuteur peut s'installer dans l'espace que vous lui offrez, se sentir accueilli, accepté, non jugé. Ne finissez pas ses phrases et laissez-lui le temps de trouver ses mots. (...)
Les pages 56 à 62 détaillent la reformulation.
p. 88 - Si vous
voulez réellement aider quelqu'un en difficulté, il y a bien plus simple et
beaucoup plus efficace que les conseils : prenez le temps qu'il faut pour
l'écouter. Reformulez tout ce qu'il exprime. Puis, quand vous sentirez qu'il
est allé au bout de son propos et que ses émotions s'apaisent d'avoir été
verbalisées et entendues, posez-lui sobrement la question suivante :
" Quelles solutions vois-tu à
ton problème ? ", et tranquillement, sans jugement de valeur, reformulez
toutes les options qu'il énoncera afin qu'il puisse les explorer (...).
p. 97 - Que dire à quelqu'un qui est effondré (...) ? Rien justement. C'est le moment d'apprendre à se taire. Il n'y a rien à dire ou très peu de choses : " Je sais, c'est très dur ", " Je suis là, tu peux compter sur moi ", " Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande-moi ". Et bien sûr : " Si tu as besoin d'en parler, je t'écoute ".
p. 107 - ( la
synchronisation )
La synchronisation consiste à
détecter la façon dont une personne s'exprime verbalement et non verbalement,
et à communiquer avec elle en s'exprimant de la même façon. L'objectif est de
pouvoir s'adapter aux styles de communication de différents interlocuteurs pour
créer et maintenir un contact positif avec eux. C'est un mécanisme qui se met
d'ailleurs naturellement en route lorsque nous nous sentons bien avec quelqu'un.
Cessez
d'être gentil, soyez vrai
Thomas d'Ansembourg – Ed. de l’ Homme, 2001
1 - L'espace mental
p. 27 - Nous avons appris à fonctionner par habitude, à intégrer des automatismes de pensée, des a priori, des préjugés, à vivre dans un univers de concepts et d'idées, et à fabriquer ou à propager des croyances qui ne sont pas vérifiées (...).
2 - Les sentiments
p. 31 - L'intérêt d'identifier notre sentiment, c'est qu'il nous renseigne sur nous-même en nous invitant à identifier nos besoins. Le sentiment fonctionne comme un signal clignotant sur un tableau de bord : il nous indique qu'une fonction est ou n'est pas remplie, qu'un besoin est ou n'est pas satisfait.
3 - Les besoins
p. 36 - Il s'agit de nos besoins de base, ceux qui sont essentiels à notre maintien en vie, ceux que nous devons satisfaire pour trouver un équilibre satisfaisant, ceux qui touchent à nos valeurs humaines les plus répandues : identité, respect, compréhension, responsabilité, liberté, entraide.
4 - La demande
p. 47 - En formulant une demande concrète, nous sortons de l'attente, souvent désespérée, que l'autre comprenne notre besoin et accepte de le satisfaire, attente qui peut durer une éternité et se révéler extrêmement frustrante. (...) Nous nous piégeons cependant souvent en prenant nos demandes pour des besoins fondamentaux.
Ch. II
– Prendre conscience de ce que nous vivons vraiment
1 - S'épuiser pour bien faire
p.
57 - Combien de personnes en relation d'aide sont à ce point surmenées
qu'elles en viennent à perdre disponibilité, humour et humanité, et finissent
par causer, malgré leur souci de " bien faire ", plus de tort que de
bien.
(...) Il est urgent, pour survivre,
de différencier clairement le fait de prendre soin et celui de prendre en
charge.
2 - Observer sans juger ni interpréter
p.
75 - Au fond, en tant qu'êtres conscients, nous avons profondément besoin de
nous situer par rapport aux choses et aux êtres et d'exercer notre
discernement. (...) Nous avons profondément besoin de partager des
valeurs, et principalement celle du sens.
Or, pour satisfaire ces deux besoins,
nous avons pris la vieille et fâcheuse habitude de juger mentalement plutôt
que d'accueillir les choses avec notre coeur.
3 - Sentir sans juger ni interpréter
p.
78 - Il y a deux avantages à différencier les sentiments vrais des sentiments
comprenant une interprétation.
Le premier avantage a trait à notre
souhait de cheminer vers nous-même le plus sûrement possible en renonçant aux
scénarios de victime et de plainte. (...)
Le second avantage (...) est que cela
nous permet de nous faire bien comprendre par l'autre grâce à des mots qui
suscitent le moins possible l'inconfort, la peur, la résistance, l'opposition,
la contradiction, l'argumentation et la fuite.
p. 88 - Obéir ou se responsabiliser, ce n'est pas la même chose.
4 - Identifier nos besoins sans les projeter sur l'autre
p. 101 - Dans le chemin vers l'autre, je ne peux pas faire l'économie du chemin vers moi.
p.
102 - Tant que nous n'avons pas conscience de nos besoins, nous avons peu
d'aisance pour en parler, et encore moins pour les négocier avec l'autre. (...)
Nous pouvons par exemple nous
entretenir dans les rapports suivants : rapport de séduction (...), rapport
d'argumentation (...), rapport de comparaison (...), rapport de calcul (...).
(...)
Le besoin, n'est pas le désir, ni
l'envie, ni la pulsion du moment.
5 - Formuler une demande concrète, réaliste, positive et négociable
p. 115 - Cet aspect modeste et réaliste de la demande suscite souvent des doutes à une époque régie par l'automatisme des déclics (...); Nous changeons de spectacle, de programme, d'interlocuteur et de vitesse par un seul déclic ! Accepter l'humilité et la lenteur du processus vivant est si peu habituel que beaucoup trouvent cette attitude peu naturelle. Et pourtant !
Ch. III - Prendre conscience de ce que l'autre vit vraiment
1 - Communiquer, c'est exprimer et recevoir un message
p. 127 - (...) en nous aidant à trouver plus de sécurité et de solidité intérieures, à nourrir davantage de confiance et d'estime en nous, elle [ la pratique de la communication non violente ] nous encourage à oser écouter l'autre le plus complètement possible, à oser l'accueillir dans sa complexité ou sa détresse, sans pour autant nous considérer comme responsable de ce qui lui arrive ni de la façon dont il va s'en sortir (...).
2 - L'empathie : être présent à soi et aux autres
p. 130 - (...) c'est dans notre sécurité intérieure, née de la connaissance de nous-même et de la confiance que nous avons en nous, que s'enracine notre capacité d'écoute, notre faculté de recevoir l'autre comme et là où il est.
3 - Nous n'avons pas le temps de nous entendre, mais nous prenons le temps de nous mésentendre
p. 155 - En constatant combien nos malentendus peuvent être rapidement clarifiés par l'écoute mutuelle, je suis de plus en plus surpris d'observer la tragique et vieille habitude qui consiste à considérer que " se disputer, c'est normal "et qu'y consacrer du temps " ça fait partie de la vie ", alors que s'asseoir, s'écouter, prendre du temps ensemble est souvent considéré comme une perte de temps ou tout simplement pas considéré du tout !
Ch. IV - La rencontre
p. 166 - Il y a longtemps que nous ne marchons plus jusqu'au fleuve pour chercher l'eau en communauté. Mais pouvons-nous encore longtemps produire des soins, de l'éducation, de l'assistance, et aussi du commerce, des services et de l'industrie sans prendre le temps de nous connaître et de nous aimer davantage ? Ne risquons-nous pas, tout soigné, éduqué, assisté, vêtu, nourri, servi, de mourir tout simplement de soif, le coeur à sec ?
Ch.
V - La sécurité affective et le sens, deux clés pour la paix
1 - Nous avons appris à faire, pas à être
p.
168 - Souvent, nous ne pourrons nous aimer que si nous faisons beaucoup de
choses et qu'en fonction du nombre de choses que nous faisons. Nous ne vivons
pas dans la conscience d'être au monde, de goûter l'identité et la présence
de toute chose et le lien que nous avons avec elle, nous vivons dans la
comptabilité sans cesse déficitaire de la bonne et de la mauvaise conscience.
(...)
Être à l'écoute, c'est avoir
confiance dans la capacité d'être de l'autre qui lui permet de trouver par
lui-même ses solutions.
2 - Nous n'avons pas appris à être aimés comme nous sommes, mais à être aimés comme les autres voudraient que nous soyons
3 - La différence est vécue comme menaçante
4 - Le sentiment le plus courant : la peur !
5 - Cessons d'être gentils, soyons vrais !
p.
180 - Si nous portons un masque et que l'autre porte un masque, ce n'est pas une
relation, c'est un bal masqué ! (...)
Quant à la gentillesse,
entendons-nous bien sur le terme, je parle ici de la gentillesse/complaisance,
une gentillesse d'attitude qui n'est pas portée par un véritable élan du
coeur, le goût profond de donner et de contribuer avec joie au bien-être de
l'autre, mais qui est mobilisée par la peur de perdre, la peur du rejet, la
peur de la critique, la peur de prendre sa place. Cette gentillesse-là est
souvent un masque sec qui étouffe le son de la vérité, qui éponge le flot de
la vitalité.
6 - Comment dire non ?
p.
185 - Apprendre à dire non (...) nous invite à travailler essentiellement
quatre valeurs (...) :
- le respect des sentiments et des besoins de l'autre comme des miens
;
- l'autonomie nécessaire pour prendre le temps de vérifier ce que je
ressens et ce que je veux ;
- la responsabilité d'être à l'écoute des différents enjeux et de
tenter de prendre soin de tous les besoins en cause , pas seulement ceux de
l'autre au détriment des miens, ni les miens au détriment de ceux de l'autre ;
- la force de manifester mon désaccord et de proposer une solution ou
une attitude peut-être tout à fait différente de celle que l'on me demande.
7 - J'ai peur des conflits
p. 189 - (...) le conflit est souvent une occasion d'évolution. Il permet de travailler notre sécurité intérieure, notre autonomie et notre faculté d'écoute et d'empathie. (...) Je crois que dans la peur du conflit se reflète encore la quête désespérée de l'approbation de l'autre.
8 - Comment vivre la colère ?
p.
192, sqq. - La première étape consistera (...) à fermer notre bouche, nous
taire d'abord plutôt que d'exploser.
- La deuxième étape consiste intérieurement à accueillir toute notre
colère, à en accepter l'ampleur (...).
- La troisième étape consiste à identifier le ou les besoins insatisfaits (...)
- La quatrième étape consiste à identifier les nouveaux sentiments qui
peuvent alors se manifester (...).
- Nous sommes enfin disponible pour la cinquième étape : ouvrir la bouche,
dire notre colère à l'autre d'une façon qui a maintenant plus de chance
d'être entendue par lui.
Ch.
VI - Nous renseigner mutuellement et partager nos valeurs
1 - Il faut, Tu dois, C'est comme cela, Tu n'as pas le choix...
p. 203 - (...) si nous imposons nos demandes comme des exigences, nous obtenons soit la soumission, soit la rébellion, et pas la rencontre.
2 - Brise-lames ou balise, berger ou barbelé ?
p. 216 - Nous sommes tous dangereux si notre vitalité n'a pas l'occasion de s'exprimer, si notre mal-être n'a pas l'occasion d'être partagé et compris. La violence, c'est l'explosion d'une bombe de vie empêchée.
3 - Sens et sensation
p. 217 - Tant que nous ne sommes pas conscients du sens de la règle, nous pouvons très bien avoir envie d'aller jouer tout seul hors du cadre. Si nous sommes conscients du sens de la règle, il y a plus de chances pour que nous ayons du plaisir à partager la partie.
Ch.
VII - Méthode
p. 228 - Trois minutes trois fois par jour ! Trois minutes d'écoute de vous-même sans jugement, sans reproche, sans conseil, sans tentatives de solution. Trois minutes pleines de présence, à vous et non à vos projets ni à vos préoccupations. Trois minutes pour faire le point de votre état des lieux intérieur sans essayer de rien changer. Trois minutes pour vous relier à vous-même, vérifier que vous vous habitez bien (...). C'est de cette qualité de présence à vous-même que pourra naître la qualité de présence à l'autre.
p. 229 - Enfin, je recommande la gratitude : porter en soi et exprimer de la gratitude pour tous les besoins qui sont comblés, ne serait-ce, si tout s'écroule complètement, que le besoin d'être en vie, de pouvoir respirer la prochaine bouffée d'air (...).
Épilogue
- Jardiner la paix
p.
236 - Commençons par cultiver la paix à l'intérieur de nous-même. Elle se
propagera ensuite par rayonnement : la paix, c'est contagieux !
Accompagner
en fin de vie
José Pereira - Ed. Médiaspaul,
2007
Introduction
p. 15 - Pour répondre aux défis que la personne en fin de vie rencontre aujourd'hui, nous proposons une piste qui servira de fil conducteur (...) : il s'agit du passage d'un accompagnement spirituel et religieux, construit sur la base de modèles préétablis, vers un compagnonnage recentré sur le sujet et ancré dans sa réalité.
Ch. I - Les multiples défis de la personne en fin de vie
1 - Une personne fragilisée qui se retrouve face à elle-même
- La démaîtrise : faire face à ses limites
- La vulnérabilité
et l'insécurité : faire face à ses fragilités mises à nu
p. 23 - " C'est le début de la
perte d'estime de soi à laquelle s'ajoute le déplaisir d'habiter ce corps qui
n'obéit plus aux commandements souvent les plus élémentaires et qui fait
souffrir. Dans de telles conditions, comment les personnes âgées peuvent-elles
continuer à s'aimer si elles ne sont pas accompagnées dans cette épreuve ?
" ( Charlotte Mémin, Comprendre la personne âgée, Bayard,
2001 ).
- La rupture : faire
face aux deuils
- L'isolement :
faire face à la souffrance et à la mort annoncée
p. 26 - (...)
la mort est niée, tant par ceux qui y
assistent que par ceux qui la vivent. On veut épargner ce moment à ses proches
qui, de toute façon, ont beaucoup de difficulté à rester auprès du mourant.
On se détourne, on s'engourdit, on s'endort, à la manière des apôtres, qui
ne pouvaient veiller avec Jésus lors de son agonie dans le jardin de Gethsémani
( Mt 26, 38 ).
2 - Une personne déstabilisée et marginalisée au sein de la société moderne
- L'individualisme et
l'exclusion : faire face à la désintégration des tissus relationnels
- L'anonymat : faire face à la dépersonnalisation
- L'impuissance : faire face à
la demande de performance
p. 32
- La résistance, relative aux soins
palliatifs, se mesure à l'aune de la " surspécialisation " et de la
sectorisation de la médecine qui entretiennent l'image d'une médecine "
qui peut tout réparer ". La médecine spécialisée est une médecine qui
veut contrôler les organes malades et les corps. En ce sens, elle trouve un écho
favorable dans une société caractérisée par sa volonté de maîtrise.
- La pauvreté : faire face à
la demande de rentabilité et de profit
p. 35
- Elles [ les personnes souffrant de
maladie grave ] se sentent abandonnées et se perçoivent comme étant inutiles
et encombrantes.
- La dépendance : faire face
à une perte d'autonomie
p. 36
- Ainsi, lorsque nos forces physiques déclinent,
nous perdons non seulement nos dernières illusions sur notre autonomie, mais
aussi notre dignité. La passivité et la dépendance sont alors vécues comme
une réelle déchéance.
3 - Un temps de crise et de paradoxes qui suscite un questionnement
- Un temps de crise et de
limites
p. 38
- La maladie et la souffrance affectent
toutes les dimensions de la personne, sur le plan biologique, psychologique,
social et spirituel. Elles concourent à la fragiliser et à l'isoler dans un présent
dont elle devient prisonnière.
- Un temps de questionnements
et d'attentes
p. 41
- Cette interrogation [ sur le sens de
sa vie ] prend toute son importance, et se manifeste de manière radicale,
durant le temps de la maladie et la dernière étape de la vie. Cette quête de
sens révèle notre désir de voir et de savoir comment nous pouvons exercer
notre capacité d'aimer et de repenser notre vie dans toutes ses composantes, y
compris celles de la souffrance, de la vieillesse et de la mort. (...)
4 - Les revers et les défis de l'accompagnement spirituel et religieux aujourd'hui
- Une communauté dans
laquelle on ne se reconnaît pas
(...) Désormais
séparées, la société et l'Eglise ont évolué comme deux réalités, de plus
en plus étrangères l'une à l'autre.
- Une pastorale en
mutation
p. 46 - (...) il s'agit, d'une part, de
maintenir une continuité avec un héritage et une appartenance sociale dans
laquelle se reconnaît une grande partie de la population âgée et, d'autre
part, de rejoindre de manière signifiante l'ensemble des usagers et leurs
proches qui ont évolué dans une société pluraliste et sécularisée.
- Une parole qui
semble ne plus être entendue
Pour
rejoindre la personne en fin de vie, la parole doit trouver son ancrage dans le
vécu de celle-ci. Pour ce faire, l'accompagnateur doit prendre
en compte non seulement l'expérience de la personne hospitalisée, mais aussi
celle du personnel.
- Des rites en
mutation et en dérive
p. 49 - Plus que jamais, la pastorale de
la santé a besoin d'inventer une nouvelle approche avec les personnes, en échappant
aux rituels de consommation - qui structurent nos sociétés contemporaines - et
en redonnant au sujet sa pleine liberté.
Ch. II
- Quelques pistes pour un accompagnement
de la personne en fin de vie
1 - Un autre regard
- Le regard de l'autre
p. 65 - (...) lorsque le mourant ne peut
plus communiquer verbalement, le regard qu'il laisse errer sur son entourage est
souvent l'ultime expression de sa solidarité avec ses proches. Tant que le
regard est ouvert, la communion et la communication sont toujours possibles.
- Le regard sur
l'autre
p. 66 - (...) le
regard ouvre une possibilité : celle de s'engager et de cheminer avec l'autre
en étant disposé à découvrir et à reconnaître cette personne.
- Un autre regard pour
accompagner
p. 69 - (...) le regard de l'accompagnateur
doit d'abord être un regard qui s'enracine dans la reconnaissance d'une "
blessure " partagée.
p. 71 - (...) Poser
un autre regard sur le sujet, c'est le reconnaître comme " autre " et
entrer en relation avec lui dans un rapport de " réciprocité " qui
lui garantit son statut d' " alter ego ".
2 - Une autre parole
- L'importance d'écouter
la parole de l'autre
p. 73 - (...) Elle [l'écoute]
représente un acte qui permet à l' " écouté ", la personne malade,
de se re-lier à la communauté
p. 74 - C'est
par la qualité de son écoute que l'accompagnateur transformera ce premier
contact en rencontre enrichissante. Écouter, c'est être là pour l'autre et
avec l'autre afin de lui donner la possibilité de nommer ce qui existe en lui
et de penser le monde qui l'entoure.
- Entendre et
comprendre une autre parole
p. 81 - " L'être humain est un être
dont la destinée est d'accoucher de soi-même. Mais (...) ce n'est que provoqué et aidé par autrui que je puis accoucher de moi-même,
devenir moi-même. La relation humaine fondamentale est celle de l'accouchement
mutuel (...). " ( Jean-François Malherbe, Pour une éthique
de la médecine ).
- Prendre et faire
circuler la parole : l'autre de la parole
p. 83 - En
ce temps de fin de vie, en donnant la parole et en la faisant circuler,
l'accompagnateur veille à ce que la mémoire du mourant (...) puisse échapper à l'emprise oppressante de la maladie et
de la souffrance. " Faire le récit de sa vie ", c'est habiter le présent
en évoquant les événements heureux et significatifs qui l'ont marqué tout en
permettant au présent défiguré de se laisser réenchanter par le souvenir.
3 - Une autre présence
- D'un " pourquoi
, " à un " pour quoi..."
p. 85 - Passer du " pourquoi ?
" au " pour quoi...", c'est transformer l'état de passivité
dans lequel on se trouve en une dynamique d'action dans
laquelle on se réinvestit comme acteur d'un projet de vie.
- Une présence qui
s'inscrit dans une dynamique de compagnonnage
p. 85 - (...) celle de deux personnes
conscientes de leur propre fragilité, qui cherchent ensemble à créer "
un espace de pauvreté et de fécondité, un espace pour aimer " ( Marie de
Hennezel et Jean-Yves Leloup, L'Art de mourir ).
- Une présence
ouverte à l'autre
p. 86 - L'altérité, l'autre présence,
devient le garant d'une ouverture nécessaire pour que la personne puisse réellement
se révéler à elle-même et trouver un sens à ce qu'elle vit.
- Une présence qui se
manifeste par la main tendue
p. 88 - (...) les malades, et
surtout les mourants, ont besoin d'être touchés. Le toucher devient parole, et
c'est alors " la main qui parle et dit : " Je t'accueille et je suis là
". Quand on touche quelqu'un de cette manière-là, la personne sent
pleinement qu'elle est rencontrée dans son être tout entier, et, quelle que
soit la détérioration physique qui peut être la sienne, elle a immédiatement
une perception de son unité " ( Marie de Hennezel et Jean-Yves Leloup, L'Art
de mourir ).
Ch. III
- Points de repère pour un accompagnement spirituel et religieux
de la personne en fin de vie
1 - Un accompagnement porteur d'une certaine vision du spirituel
- Les dimensions
spirituelle et religieuse de la personne
p. 96 - (...) le spirituel est une
dimension fondamentale, présente en tout être humain, et ce, indépendamment
des pratiques et des croyances religieuses qui sont propres à chacun.
- Le spirituel : une dynamique d'espérance
p.
103 - Cette espérance favorise une réorientation
ainsi qu'une relecture du passé et du présent, à la lumière d'une clé de
compréhension et de sens, qui permet au sujet de prendre une nouvelle
direction, de s'engager dans un avenir fécond, si précaire soit-il.
- Le spirituel : une dynamique
de don
p.
105 - Donner, c'est sortir de la
logique de la rétribution, de l'ordre
établi, des règles de partage.
Toute
vie spirituelle converge donc vers un appel à l'Autre, qu'il s'agisse d'une
personne de notre entourage ou d'une entité surnaturelle.
2 - Un accompagnement pastoral qui s'enracine dans la tradition chrétienne
- Un
accompagnement centré sur la personne
p. 109 - Le message chrétien
garde toute sa pertinence et sa fécondité dans le milieu de la santé, dans la
mesure où il se présente comme une réponse, parmi d'autres, aux grandes
questions que l'être humain se pose lorsqu'il fait face à la finitude, à la
précarité et à la souffrance.
p. 100 - (...) Jésus
commence par reconnaître la personne dans sa globalité. A partir de la réalité
qu'elle vit, il inaugure un déplacement en l'appelant à se dépasser et à s'épanouir.
- Au-delà de la guérison, l'ouverture au salut
- Devenir accompagnateur à la suite de Jésus : réflexions sur le récit de la multiplication des pains
3 - Développer des représentations du religieux
signifiantes pour un accompagnement pastoral en milieu de santé
- Le travail sur les représentations de Dieu
p.
127 - (...) l'accompagnement doit aider
la personne malade à découvrir que Dieu vient la visiter personnellement dans
ce qu'elle vit ; il s'agit de lui permettre d'opérer le passage d'un Dieu juge
à un Dieu de miséricorde, d'un Dieu distant à un Dieu présent, d'un Dieu
abstrait à un Dieu personnel. (...)
- Le Dieu de la
Visitation et de la non-étrangeté
p. 129 - (...) c'est le Dieu incarné en
Jésus-Christ qui, en prenant la condition humaine, visite toute personne et
habite l'homme dans son intériorité.
- Le Dieu de la miséricorde
et de la compassion
p. 131 - Il est le Dieu de l'accueil
inconditionnel, le Dieu de l'Amour dont le regard ne s'arrête pas à nos égarements,
mais attend impatiemment notre retour pour faire la fête et célébrer notre
renaissance.
- Le Dieu de
l'accomplissement et de la plénitude humaine
p. 133 - Le Dieu de la Visitation et de
la miséricorde nous invite à entrer, à notre tour, en relation avec les
autres, particulièrement dans la dernière étape de notre vie. Cette
perspective est fondamentale pour l'accompagnement pastoral : elle incite la
personne mourante à entrer dans une dynamique d'ouverture, d'accueil et de réconciliation
ici-bas, et dans l'au-delà selon la promesse de l'espérance chrétienne.
Ch. IV
- Accompagner en fin de vie :
une autre manière d'habiter les lieux et le temps
1 - Un accompagnement qui propose une autre manière d'habiter les lieux
- Un lieu de
confiance
p. 142 - E n gagnant la confiance de
l'autre, l'accompagnateur l'aidera à reprendre confiance en lui, ce qui lui
permettra d'entamer un travail de restauration et de prise en charge.
- Un lieu d'engagement
p.
145 - (...) La
qualité de la présence de l'accompagnant s'évaluera en regard de sa capacité
à " être avec ", à " rester aux côtés " de la personne
mourante et de son entourage.
- Un lieu de
responsabilité et d'autonomie
p. 147 - Il s'agit d'une autonomie de
disponibilité bien plus que d'une autonomie de projets.
- Un lieu d'ouverture
au sens
p. 148 - " Accompagner quelqu'un,
c'est participer avec lui au dévoilement du sens de ce qu'il vit et de ce qu'il
recherche [...], c'est cheminer à ses côtés pour le confirmer dans le nouveau
sens où il s'engage " ( Guy Le Bouëdec ).
2 - Un accompagnement qui propose une autre manière d'habiter le temps
- Les temps de l'humain dans l'accompagnement
- Le temps dans le
rite : quand la rencontre devient événement sacramentel
p.
155 - (...) le rite est, d'abord et
avant tout, une rencontre qui devient " événement ". Cette dimension
est particulièrement importante pour les rites en fin de vie, notamment dans la
tradition chrétienne, pour l'onction des malades. (...) [Le rite] permet à la personne d'accéder au temps eschatologique, un temps qui ouvre des
perspectives nouvelles.
- L'ouverture au temps
au-delà de la présence
p. 157 - " (...) Si l'avenir du
corps est la résurrection glorieuse, comment cette perspective ne
modifierait-elle pas déjà la compréhension du corps présent ? Un corps
promis à la gloire peut-il être appréhendé avec le même regard qu'un corps
voué à l'anéantissement ? " ( Xavier Lacroix, Le Corps de chair. Les
dimensions éthique, esthétique et spirituelle de l'amour, Cerf, 2001 )
Conclusion
p. 165 - (...) l'accompagnement
spirituel auprès des personnes mourantes ne doit pas prendre la forme d'un
guidage visant à imposer une direction, mais bien celle d'un compagnonnage qui
se traduit par un autre regard, une autre parole et une autre présence qui
seront bénéfiques, tant pour la personne en fin de vie que pour son entourage.
La
Chaleur du coeur empêche nos corps de rouiller
Vieillir sans être vieux
Marie de Hennezel - Ed. Robert Laffont, 2008
J'écris pour ma génération
p. 14 - Il a fallu que j'entre au coeur des souffrances et des peurs que génère l'expérience de vieillir pour comprendre tout ce qu'elle apporte en termes d'aventure humaine et spirituelle.
p. 15 - L'extraordinaire longévité de ces Japonais [habitants de l'île d'Okinawa] (...) tient aussi à leur état d'esprit et à leur vie sociale très développée. Il y a, chez ces centenaires, une conscience spirituelle élevée, nourrie de pratiques (...) . Ils ont cette faculté précieuse de ne pas se laisser abattre et de rebondir qu'on appelle le courage de vivre. Une vitalité, un dynamisme, une énergie du coeur, telles sont les clés de leur jeunesse intérieure, comme en témoigne le refrain qu'ils chantent tous les matins : "La chaleur du coeur empêche nos corps de rouiller". Enfin, ils continuent de participer à la vie de la communauté. Les échanges entre amis, voisins et membres d'une même famille sont quotidiens.
p. 19 - On ne peut prétendre à une vieillesse sereine et lumineuse sans avoir fait le deuil de sa jeunesse et médité sur sa mort à venir.
p. 21 - Vieillissez mais ne soyez pas vieux, c'est-à-dire ne soyez pas amers et désespérés. Vieillissez, ne vous opposez pas au réel, mais n'empêchez pas la vie d'accomplir son oeuvre désirante, de faire jaillir du neuf, du nouveau, jusqu'à votre dernier souffle.
Quand la peur de vieillir vous saisit
p. 35 - L'idée de me retrouver sourde, aveugle, muette, grabataire, paralysée, incontinente, transbordée du lit au fauteuil et du fauteuil au lit, me terrifie. Je tremble à l'idée de passer les dernières années de ma vie dans une alternance d'inconscience et d'égarement.
p. 43 - Quand j'entends certaines personnalités politiques pencher en faveur d'une loi sur l'euthanasie pour permettre à ceux qui veulent mourir dignement de demander la mort et de la recevoir, je suis inquiète. Il est certain que cela leur coûtera moins cher de voter une loi qui permettra aux médecins de donner la mort à tous les vieillards qui menacent de se suicider parce qu'ils n'en peuvent plus d'être maltraités, plutôt que de dégager les 7 ou 8 milliards d'euros nécessaires pour valoriser les métiers du grand âge et permettre que les personnes âgées soient traitées dignement.
Le pire n'est pas sûr
p. 49 - Puisqu'on nous promet une vie de plus en plus longue, cherchons les clés d'une jeunesse intérieure qui nous permette de ne pas "rouiller", de ne pas nous replier sur nous-mêmes, même si notre univers se rétrécit, bref de rester des vivants jusqu'au bout.
L'âge d'or des seniors
p. 62 - Ce "nouvel âge"
[...] ne peut se réduire à un temps de jouissance insouciante et égoïste. Si
"rester jeune" dépend de nous, de notre manière de vivre, de notre
santé physique, il est de notre responsabilité d'éviter deux écueils.
Le premier est de nous couper des générations plus jeunes (...)
(...)
Le deuxième écueil serait, en voulant de manière obsessionnelle prolonger
notre jeunesse, de manquer notre tâche, celle de nous préparer au grand âge
et à la mort. Le mythe de la jeunesse éternelle peut nous empêcher d'accepter
de vieillir et de savoir mourir le moment venu.
Changer notre regard
p. 66 - Tout le drame de la tristesse des âgés vient de là : la honte d'être vieux, amoindri, le sentiment de n'être plus aimable et d'inspirer aux autres du dégoût et de la peur.
p. 72 - Montrer la vieillesse, c'est montrer des personnes âgées qui sont habitées d'expériences et d'émotions. Il y a toute une profondeur de vie sur leur visage. On y lit leur vie affective, leur solitude, leur fatigue, mais aussi leur sérénité, leurs élans, leurs désirs. Car les désirs sont toujours là. Simplement, ils se sont transformés. La tendresse a pris le relais de la séduction.
Questions autour du grand âge
p. 86 - La personnalité du parent âgé que l'on accueille chez soi, sa capacité à bien vieillir, c'est-à-dire à accepter les pertes que lui inflige l'âge tout en développant ses qualités de coeur, à prendre de la hauteur chaque fois que des conflits, des jalousies ou simplement la lassitude polluent la situation, tout cela joue un rôle prépondérant dans la cohabitation.
p. 98 - On se rend compte que tout dépend du regard que l'on pose sur la vie. La maison de retraite, cela peut être l'horreur, une vie concentrationnaire. Si on la subit, si on se ferme, on peut avoir le sentiment d'être dans un lieu où tout est mort, mais si on a le coeur ouvert [...], tout peut être occasion d'échange, de tendresse, de vie.
p. 104 - Lorsque la dégénérescence fait régresser le vieillard déficient à un état de dépendance semblable à celle du tout petit enfant, cela lui permet de réintégrer une organisation mentale dans laquelle la peur de la mort n'avait encore aucune existence.
p. 106 - Car les divagations représentent "une tentative désespérée vers l'ample, le vaste, le large" dont la personne démente se sent écartée par les pénalités de la vieillesse.
p. 109 - La
"philosophie de l'humanitude" et la méthode Gineste-Marescotti
placent le lien humain au centre des soins.
[...]
Les piliers de la méthode sont le regard, la parole et le toucher. Les vieux
sont habituellement peu regardés, vraiment regardés[...].
p. 110 - Dans une formation à l'humanitude, les soignants apprennent les gestes enveloppants, tendres, rassurants, et bien plus efficaces puisqu'ils détendent les corps.
Rencontre avec des vieillards remarquables
p. 130 - Ce qu'ils [ soeur
Emmanuelle et Stéphane Hessel (
diplomate et grand humaniste) ] ont en commun : un engagement très fort dans
leurs choix de vie, une vitalité, un optimisme, une foi dans la vie à toute épreuve,
une capacité de joie et d'émerveillement. Quel sens donnent-ils à cette dernière
étape de leur vie ? Celui de continuer à s'enrichir affectivement et
spirituellement, celui de transmettre aux plus jeunes leur expérience, leurs
valeurs et leur foi en l'homme.
Après les avoir rencontrés, nous sommes convaincus que l'on peut vivre vieux,
tout en gardant l'estime de soi, tout en éprouvant des moments de joie et de
bonheur, tout en continuant à apprendre de la vie.
Des clés pour un bon vieillir
p. 133 - Il s'agit avant tout de s'adapter aux situations, de garder confiance dans ses ressources, d'accepter ses limites avec humour, de savoir refuser ce que l'on n'a pas envie de faire et de veiller à glisser dans son quotidien des plages de temps consacrées à faire ce qui fait plaisir, tranquillement.
p. 134 - Toutes les études montrent que les personnes âgées qui ont gardé un réseau relationnel autour d'elles, familial, amical, vivent plus longtemps que les autres. Donner, recevoir, faire preuve de générosité exerce un esprit positif.
p. 135 - Le charme ne vient plus de la souplesse de la peau ou de la force du muscle, mais de l'âme [...]. Le charme vient de la capacité à s'intéresser à autrui, au monde, de porter sur la vie un regard de confiance, d'émerveillement et de gratitude.
Accepter de vieillir
p. 146 - On peut être tenté
de faire comme si l'on ne vieillissait pas, de continuer à s'habiller comme les
plus jeunes, ne pas tenir compte de la diminution de ses forces physiques,
banaliser ses troubles de la mémoire, de la vue, de l'oreille. Ce déni du
vieillissement n'aide pas à bien vieillir. [...] Mais on peut aussi vieillir
avec intelligence, accepter ce que l'on ne peut pas changer, et se tourner vers
tout ce qui reste à découvrir.
p. 147 - Sans doute se transforme-t-on, mûrit-on tout au long de son
existence, mais la transformation qui accompagne la dernière trajectoire de la
vie est un accomplissement. [...] S'accomplir, c'est réaliser ce que l'on est profondément,
permettre à son Soi, à son être essentiel de se manifester. C'est donc avant
tout un travail de conscience.
[...]
La seconde partie de la vie a donc un but plus spirituel.
p. 150 - Une vie accomplie est une vie apaisée. C'est pourquoi il est si
important de mettre de l'ordre dans sa vie avant de quitter la scène du monde,
de faire le bilan.
Le coeur
ne vieillit pas
p. 160 - Insistant sur cette expression magnifique : la "fécondité du temps", notre philosophe [Robert Misrahi] affirme que, contre toutes les apparences, la personne âgée peut rester désirante, dans un élan vital, un vouloir-vivre, même quand l'avenir se dérobe. La vieillesse peut être une ouverture, et non pas une fermeture.
p. 162 - Mais le désir est
en même temps toujours "placé devant l'autre". Il y a une "sorte
de spécularité", affirme le philosophe. L'autre, par le regard qu'il
pose sur la personne âgée en quête de réciprocité et de reconnaissance, se
doit de rendre possible "le passage du négatif au positif".
[...]
... si la médecine peut restaurer les forces vitales, elle ne peut, à elle
seule, changer la conscience. N'est-ce pas à la société dans son ensemble à
opérer une mutation de son regard sur la vieillesse, et à prendre ses
responsabilités ? C'est-à-dire à chacun d'entre nous, puisque nous sommes
tous concernés par cette problématique ?
p. 167 - (...) nous pouvons transmettre aux jeunes générations, l'image d'une génération heureuse de vieillir et de s'accomplir. (...) L'importance de la chaleur humaine, sincère et non convenue, de la tendresse, de la bienveillance, dans la réussite de cette entreprise n'est plus à démontrer.
Vieillir et jouir encore
p. 171 - Quel est-il, ce désir qui ne se nourrit pas de la forme, de la beauté esthétique, mais d'autre chose ? Du plaisir d'être ensemble, dans une connivence des coeurs, de la douceur de la peau, du rythme et de la présence de l'autre, de l'émotion de la rencontre.
p. 172 - (...) Cela suppose de cesser de se regarder dans le miroir et d'aller vers des expériences qui font vibrer l'âme, contempler la beauté d'un soleil couchant ou d'un ciel étoilé, s'émerveiller d'un geste de tendresse entre deux personnes qui s'aiment, s'enivrer d'un concert de jazz ou d'un choral de Bach.
p. 173 - Pourquoi sommes-nous si frileux lorsqu'il s'agit de parler de la sexualité des personnes âgées ? Ce n'est sans doute pas "érotico- correct" de parler d'une expérience quasi spirituelle, d'une expérience de complétude, de communion, qui dépasse de loin le plaisir-décharge.
La fécondité du temps
p. 199 - La nouveauté, lorsqu'on est devenu vieux, vient toujours de l'intérieur. Une sensibilité nouvelle, une perception sensuelle s'affine avec l'âge et, mystérieusement, augmente tandis que le corps s'amenuise. [...] C'est véritablement la tâche de ceux qui avancent en âge que d'entrer en relation avec leur être profond. Cette mise en relation peut se faire de plusieurs manières [...]. La première est tout simplement de "lâcher prise".
p. 201 - [à propos de la méditation]
Les lieux où l'on médite, qu'ils soient chrétiens ou bouddhistes, sont eux
aussi très fréquentés par les seniors. Le "travail de vieillir"
s'accommode bien d'une pratique qui consiste à se poser, à faire le vide, à
faire l'expérience du silence.
Les dernières joies de la vieillesse
p 212 - Cette faculté de s'émerveiller, de contempler, vient comme une compensation. A entendre tous les âgés vanter cette vertu passive, on finit par se dire que la vieillesse est l'âge rêvé pour ouvrir les yeux sur le monde. On a tellement vécu, vu, pensé, ressenti, enduré une somme infinie de choses ! C'est comme un travail de polissage de l'ego qui use et rend transparent.
Savoir mourir
p. 215 - La perspective de disparaître définitivement, de se dissoudre dans le néant, est d'autant plus effrayante que l'on ne sait pas vraiment pourquoi l'on a vécu. On comprend alors l'importance des paroles échangées entre celui qui va mourir et ceux qui l'accompagnent. La certitude de laisser derrière soi des paroles de paix, de gratitude, de vie, permet de mourir sans mourir tout à fait. "La mort met fin à la vie, mais pas à la relation, disait un vieil homme au seuil de sa mort. On continue à vivre dans le coeur de ceux qu'on a touchés et nourris de son vivant". [Mitch Albom, "La Dernière leçon"]
p. 217 - Lorsqu'en vieillissant on devient davantage conscient de son Soi, on a aussi moins peur de mourir, car on expérimente, comme le disait si bien Emmanuel Levinas, que l'on est éternel.
p. 225 - Les personnes qui se
tournent vers nous pour nous demander de les aider à mourir ne nous
demandent-elles pas autre chose ? Si nous leur reconnaissons toujours une place
parmi nous, si nous sommes encore prêts à leur témoigner de la considération,
du respect ? Nous sommes responsables de ce temps qui leur reste à vivre et
donc à respecter ensemble.
A l'heure où l'on évoque si facilement le meurtre compassionnel comme
expression de notre humanité, il est bien plus exigeant de s'interroger sur les
motifs profonds de cette revendication de mourir. Elle révèle trop souvent l'échec
de notre capacité à être l'ami, le proche de cette personne âgée solitaire.
[...]
Il faut cesser de penser que seul un produit létal peut
"délivrer" l'agonisant. Trop de témoignages plaident en faveur d'une
délivrance d'un autre ordre.
p. 227 - Ce qui est attendu, c'est
l'assurance de ne pas être abandonné.
Si l'on a "travaillé à vieillir", si l'on a accepté de perdre
progressivement certaines facultés, tout en en découvrant d'autres, cette
transformation de soi peut s'accompagner d'une forme de confiance en soi. Le
vieillissement écorne le narcissisme, mais il ouvre le coeur. Pourquoi cette
ouverture de coeur ne serait-elle pas un viatique pour mourir ?
Et
moi aussi je t'accompagne
Jacques
Piquet - Ed. Desclée de Brouwer, 2006
Introduction
p. 7 - La mort demeure une épreuve, un déchirement (...). Mais j'ai reçu une leçon des mourants et de ceux qui les accompagnent : la mort peut être le sommet de la vie et laisser apparaître de nouveaux horizons.
La foi n'est pas ce qu'on croit
p. 9 - La mort, plus que tout autre événement de notre vie, nous identifie à l'homme Jésus. Elle nous permet d'accéder à la pleine clarté de la révélation : en lui nous sommes divinisés.
Ch. I - Un moment exceptionnel
Le Royaume est arrivé chez nous
p. 17 - L'évangile nous révèle la venue du Royaume. La mort est un moment clé de cette découverte.
p. 20 - Nous pouvons
donc entendre pour aujourd'hui et pour nous-mêmes les paroles adressées à
Lazare. Dieu nous a déjà appelé par notre nom au jour de notre baptême. "
Sors ! " Viens dehors, ne reste pas prisonnier des étroitesses de ce
monde frileux et égoïste. Ouvre ton coeur aux autres, aux pauvres, aux
malades. " Déliez-le ". Ne reste pas prisonnier des rancoeurs,
des haines, de toutes les rivalités qui opposent les hommes, ni même des
filets de l'affection parfois trop captive. " Laissez-le aller ".
Le chemin n'est pas terminé, la route de la vie nous mène toujours plus loin.
Au large ! Quitte la maison de ton père et avance dans la vie, dans l'amour des
autres et dans l'amour de Dieu.
Le Royaume de Dieu n'est pas encore
totalement réalisé, mais Il est déjà parmi nous.
Ch. II - Une parole pour mourir
La parole qui guérit
( passage de Mc 10, 46-52 : guérison de l'aveugle Bartimée - Jésus lui dit : " Va! Ta foi t'a sauvé ! " Aussitôt il revoit. Et il le suit sur le chemin )
p. 28 - " Ta
foi " ! La parole de Jésus suscite la foi de l'aveugle en lui-même,
la foi en soi. La foi du malade en la vie participe à sa guérison (...)
On peut penser qu'en parlant de lui,
de sa vie, de son passé, de son avenir, le malade retrouve sa personnalité,
commence à se redresser, à se remettre debout. (...) Désir de guérison et
accompagnement réveillent la foi en la vie. La foi de l'homme en la vie est une
vraie foi, " la foi du quiconque " dont parle l'évangile (Jn
3, 15).
La parole qui sauve
p. 29 - La foi chrétienne va plus loin. Au-delà de la foi qui guérit, elle est la foi qui " sauve ".
( texte de Mc 2, 1-12 : guérison du paralytique )
p. 30 - La foi qui sauve délivre le malade d'un mal plus grand que la maladie. Elle le délivre du péché. (...)
La parole qui relève de la mort
p. 31 - Troisième étape
(...), la foi qui ressuscite.
(...) Nous ne cherchons pas à mettre
en cause le miracle, mais aujourd'hui nous pouvons entendre, à la lecture de ce
texte *, que la foi en Jésus permet à une maman de retrouver son fils, cet
enfant mort qu'elle croyait avoir perdu.
* Résurrection du fils de la veuve de Naïm ( Lc 7, 11-15 )
(...)
" Jésus le rendit à sa mère
". A cette mère qui pleure son enfant mort ?
On a appris que les miracles étaient
la preuve de la divinité de Jésus. Nous comprenons mieux aujourd'hui que c'est
la foi qui permet le miracle. (...)
La foi nous permet, à nous
aujourd'hui, d'entrer dans l'intelligence du miracle si nous savons associer à
l'événement sa dimension spirituelle et son extension symbolique.
Primauté de la Parole, priorité à l'écoute
p. 35 - Apprendre à écouter un malade mourant qui dit qu'il va mourir comporte plusieurs étapes qui consistent à s'écouter soi-même, à s'écouter mutuellement et à libérer la parole et l'écoute dans l'institution. Et ces étapes sont les mêmes pour guider notre écoute de la parole de Dieu.
La bonne nouvelle a-t-elle besoin d'émissaires ?
p. 39 - La bonne
nouvelle a besoin d'émissaires, de missionnaires. (...)
Depuis toujours nous avons été
appelés à la vie éternelle. Cette voix nous était connue, mais nous l'avions
méconnue. Malgré l'absence d'éducation chrétienne, malgré certaines
attitudes anticléricales, tous les hommes sont appelés à la vraie vie. (...)
Personne n'est empêché de reconnaître cette voix.
Ch. III - Regrets et miséricorde
Le Royaume en 3 D
p. 48 - Le royaume de Dieu est un royaume de justice, d'amour et de paix. (...)
- Un royaume de justice - (...) la terre a été donnée par Dieu aux hommes, à tous les hommes et chacun d'eux, chacun de nous a droit à sa part. (...)
- Un règne d'amour
-
p. 51 - Le péché est l'envers de l'amour gratuit de Dieu. (...)
Le seul péché qui soit est d'être privé de l'amour de Dieu.
- Une vie nouvelle qui dépasse la mort - ( p. 53 ) La paix qui triomphe
de la mort.
(...) Mc 14, 8-9 met en perspective
l'amour de Jésus offert à Marie-Madeleine et la révélation de la plénitude
de cet amour quand il mourra sur la Croix pour nous donner son pardon et sa vie.
Le Royaume est déjà parmi nous, en transparence
p. 58 - Les derniers moments sont favorables à la découverte du royaume. Le don de la vie et la gratuité de l'amour de Dieu apparaissent plus clairement quand le temps se fait court et avive les regrets. Mais il n'est pas nécessaire d'attendre ces moments pour vivre dans la confiance et l'amour de Dieu.
p. 59 - Ceux qui se laissent toucher par les paroles de l'évangile peuvent apercevoir que le monde n'est pas seulement condamné à la violence, aux armes, à la haine ou à l'appât du gain. Leur engagement pour un monde plus fraternel (...) leur permet de vivre une collaboration assurée avec le Créateur. Ils peuvent aussi déjà apercevoir comme en transparence un autre monde, fondé sur l'amour, plus vrai que ce monde de misère et de rivalités. " Celui qui croit en moi a la vie éternelle ".
p. 68 - (...) à l'heure de notre mort (...) nos refus, nos fermetures, nos incompréhensions pourront nous apparaître comme des refus de l'amour de Dieu et, en toute justice, nous valoir condamnation. (...) Mais nous osons espérer que, dans ces circonstances, précisément, ces pleurs et ces regrets seront le lieu de la découverte de la surprenante, insondable et infinie miséricorde de Dieu. Et comme les larmes de repentance de Marie-Madeleine devenir pour nous aussi des larmes de reconnaissance.
Ch. IV - L'agonie
p. 69 - L'agonie est l'ultime combat. En elle se concentrent et culminent toutes les difficultés jusqu'ici rencontrées, l'opposition maximale entre la vie et la mort. (...)
p. 70 - La reconnaissance
envers Dieu source de vie s'efface devant la perte de la vie. (...)
Mais Dieu ne meurt pas pour autant.
Son amour n'est pas tari. Ce que nous appelons la mort va nous contraindre à
vivre une métamorphose de la vie et de la foi, dans une intensité de vie que
tous ceux qui participent à ces instants savent reconnaître.
p. 73 - Jésus lui-même a vécu les tourments de l'agonie.
p. 74 - Il ne refuse rien de la réalité
humaine qu'il est venu partager pour aller vers le Père. Il ne va pas se dérober
devant la mort, et quelle mort !
C'est à ce prix que la mort
deviendra pour nous aussi un lieu de rencontre de Dieu, comme dans tous les
autres domaines de notre existence humaine. Jésus refuse donc de se réfugier
en Dieu, de faire appel à la toute-puissance. Il ne se sert pas de Dieu. Le
royaume de Dieu sera vraiment arrivé chez nous, à travers tous les aspects de
la vie, y compris la mort.
p. 76 - La communion à son corps livré et à son sang versé nous unissent à cet amour divin où la mort elle-même est intégrée à ce mouvement d'amour. Et notre mort s'unit à la sienne pour devenir un don d'amour.
Ch. V - Irrémédiable
p. 83 - Nous sommes parvenus à
l'avant-dernière étape.
L'agonie est finie. Le combat s'est
terminé... par une défaite puisque la mort semble avoir gagné la partie.
(...) La résignation se substitue à la lutte. (...) L'abattement conduit à un
nouveau degré de tristesse : " triste à en mourir ". Désormais,
c'est irrémédiable. C'est le temps de la solitude du désespoir qui peut
s'accompagner de dépression.
p. 84 - Une lumière nouvelle
va-t-elle surgir de la mort pour un monde nouveau ? L'espérance d'une vie
nouvelle n'est pas du même ordre que l'espoir de l'amélioration de nos
conditions de vie. Elle est de l'ordre de la métamorphose, image de la résurrection.
(...)
La parole partagée, ici encore,
comme à toutes les étapes du mourir, pourra soulager le fardeau. Elle offre
une relation à l'heure d'une solitude la plus totale. La parole de l'évangile
peut aussi être entendue comme un appel à continuer à avancer et à espérer.
p. 87 - Le Dieu qui guérit et qui sauve est celui qui me parle. La Parole de Dieu, le Verbe de Dieu s'est uni à la condition humaine pour que les hommes l'entendent dans leur vie et vivent dans la lumière de Dieu.
p. 88 - Au cri de désespoir de ceux
qui s'en prennent à Dieu pour l'implorer, l'accuser ou même blasphémer, se
fait entendre en écho une prière prononcée par Jésus lui-même à l'heure
tragique de sa passion.
p. 89 - La prière du Christ en croix est un modèle. Elle exprime le désespoir
et l'espérance. Elle nous montre le chemin du salut parce que, jusque dans
cette situation extrême, Jésus parle à son Père :
" Mon Dieu, mon Dieu
pourquoi m'as-tu abandonné ?
(...)
Mais tu m'as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
Je te loue en pleine assemblée ;
Vous qui le craignez, louez le Seigneur ".
( extraits du psaume 22 )
p. 94 - A l'irrémédiable, à l'irréversible
s'ajoute un autre niveau de souffrance : l'impuissance !
Et pourtant
nous pouvons trouver, à ce degré zéro de la résignation, une lumière dans
ce sentiment d'impuissance que Jésus lui-même a connu, par un retournement de
notre conception du " Dieu tout-puissant ". Car cette "
impuissance " est la plus grande marque de son amour dans le respect absolu
de notre liberté. L'homme qui peut se croire abandonné à lui-même peut découvrir,
avec " la grâce qui suffit " dont parle Saint Ignace, que c'est là où
il en est que Dieu vient le rejoindre pour que sa vie soit pénétrée de son
amour divin et impuissant.
Ch. VI - Le décès
p. 100 - Le trépas n'est pas le moment le plus tragique ni le plus pénible. Il est même souvent empreint de discrétion.
p. 101 - Les soignants qui ont partagé ce moment avouent que c'est un temps très fort, bouleversant mais pas négatif. Et les proches qui ont eu la chance d'accompagner les leurs jusqu'au bout parlent de cet instant avec émotion et grande reconnaissance. La rencontre de la mort nous fait changer d'avis : la mort ne tue pas la vie !
p. 105 - La foi en Jésus-Christ crucifié et ressuscité ouvre une nouvelle perspective à la vie de foi. Le chrétien sait que la vie nouvelle, dans sa plénitude, ne se laissera approcher qu'à travers la mort. Cependant, dans la foi qui est anticipation, ce mouvement de mort et de résurrection va éclairer son chemin et rythmer sa vie. Il pourra apercevoir à travers toute situation, toute épreuve, la perspective de la résurrection.
Ch. VII - Les funérailles
p. 115 - La rencontre de Dieu dans la perfection de son amour est la clé du bonheur au coeur de toutes nos relations humaines, pour aujourd'hui et pour l'éternité. C'est le message des funérailles.
p. 127-128 - La liturgie, à la suite
de toute la Bible, use d'images et de symboles pour dire l'invisible. (...)
Je sais que ma foi ne donne pas une
existence matérielle à ces images. Mais je crois avoir compris que ma foi n'a
pas d'autre moyen de se dire qu'en utilisant ces images. Elles n'ont qu'une
valeur transitoire mais sans elles ma foi ne pourrait pas s'exprimer.
Ch. VIII - L'au-delà
p. 135 - L'humanité de Jésus nous révèle l'amour infini de Dieu pour les hommes auquel nous pouvons communier. Un au-delà d'humanité révèle l'homme à l'homme et la divinité au coeur de notre humanité jusque dans la mort. Une prière de reconnaissance peut se faire jour à travers la rencontre de la mort.
p. 139 - Le témoignage des NDE ( Near Death Experience - Expérience proche de la mort ) (...) Ils ont frôlé la mort. Désormais, ils n'en ont plus peur et ils aiment la vie. Ils ne s'embarrassent plus des ennuis du quotidien.
p. 143 - Les sacrements réalisent ce qu'ils signifient dans la mesure où leur célébration est vraiment signifiante. Ils donnent déjà à toute notre vie une dimension nouvelle, une sacramentalité qui nous unit au Christ dans toute la vie. Rien n'est sacré, tout est profane mais tout est sanctifiable. La mort devient, en la foi en Jésus-Christ, à la suite de toute l'initiation chrétienne, le passage définitif en Dieu.
Mourir les yeux ouverts
Marie de Hennezel (en
collaboration avec Nadège Amar) -
Ed. Pocket, 2007
Yvan Amar est atteint d'une maladie incurable. Il fait le choix de vivre ses derniers instants chez lui sereinement, entouré de sa famille et de ses amis. A quarante-neuf ans, il meurt en paix dans les bras de sa femme.
L'un de ses maîtres , Chandra Swami, vit au Pakistan dans un petit ashram, où il communique aux autres sa sagesse de vie. Voici, rapporté par M. de Hennezel, ce que dit Yvan de ce maître :
Ch 1 : La mort d'un sage
p. 36-37 - " Il n'enseignait pas quelque chose, il enseignait quelqu'un : il aimait. (...) Il ne s'est jamais adressé à mes "manques" psychologiques, affectifs, physiques, mais au "plein" : Dieu en moi. [...] L'authenticité d'un maître ne se mesure pas à la quantité de disciples qu'il a près de lui, mais au nombre et à la qualité de ceux qui, ayant mené à terme l'enseignement proposé, n'ont plus besoin de lui. Ils sont devenus des adultes responsables et solidaires d'un monde qui souffre de ne pas savoir aimer".
Ch 2 : A l'image d'une vie
p. 47 - ...Cela restera le mystère d'Yvan. Ce n'est pas le
"pourquoi" de la maladie qui lui importe, mais le "pour quoi
?" Non pas la cause mais la finalité. (...)
" (...) Ce n'est que dans la mesure où je suis victime de la
maladie que je peux l'interpréter comme un coup du sort pour me punir. Mais si
je la vois comme l'expression de la vie qui me pousse à apprendre pour grandir,
elle devient pour moi, et à travers moi, pour l'espèce entière, un moyen
d'accéder à un autre niveau d'organisation, à un ordre et à une conscience
plus vaste".
p. 49, sqq - Yvan a le don de "faire grandir". Il sait voir en l'autre l' "or en puissance". Il aide l'autre à aller vers lui-même. C'est cela la vraie transmission. Non pas donner quelque chose que l'autre n'a pas, mais permettre à l'autre, en votre présence, de "se souvenir" de ce qu'il est profondément. C'est pourquoi son enseignement n'a rien d'une aliénation à une pensée ou à une théorie. Non, il sait rendre libre. Et tous ses amis, tous ses élèves le reconnaissent aujourd'hui. Il a une contagion d'être. Sa liberté intérieure, sa confiance dans la vie, son amour des êtres sont contagieux.
Ch 3 : La mort au coeur de la vie
Pour une mort familière
p. 55 - Ce déni [de la mort] encourage le mensonge. On veut épargner le mourant mais, en fait, on se protège soi-même de l'émotion trop forte que déclencherait un dialogue autour de la mort. Le mourant, de son côté, "joue à celui qui ne sait pas qu'il va mourir". On assiste à une comédie pitoyable. Comment une personne peut-elle faire sienne une mort dont on ne lui dit rien ?
Penser la mort, c'est penser la vie
p. 62 - Une enquête que j'ai menée, en 1990, auprès de soignants en unités de soins palliatifs a montré que la proximité avec la mort change la hiérarchie des valeurs, le rapport au temps et l'attitude profonde à l'égard des êtres et des choses. L'affectif l'emporte sur l'effectif, on veut prendre son temps pour apprécier la vie, vivre l'instant présent. Cette confrontation avec le sens de la vie, cette remise en question des valeurs invitent à une forme d'ouverture, de créativité personnelle et de sublimation.
Plus que de mourir, l'homme a peur de vivre
p. 65 - Je l'ai constaté tant de fois lorsque j'étais au chevet des mourants. Ceux qui ont le sentiment d'avoir vécu leur vie, de l'avoir accomplie, sont en paix face à la mort. Ce ne sont pas tant les croyances religieuses qui aident à mourir que l'épaisseur d'une vie. Et celle-ci n'a pas grand-chose à voir avec l'âge auquel on meurt.
Mourir quand on a vécu, ce n'est pas tout à fait mourir
p. 68 - Si Yvan Amar meurt les yeux ouverts, s'abandonne avec confiance dans les bras de sa femme, au moment de rendre son dernier souffle, c'est qu'il est en paix. Sa philosophie et sa manière de vivre y ont beaucoup contribué. Comment accepter, en effet, de mourir à quarante-neuf ans, sans révolte ni sentiment d'injustice ? Il faut avoir un sentiment interne d'accomplissement, sentir que l'on a pleinement vécu, donné le meilleur de soi-même, contribué à la créativité et à l'évolution des autres. Alors on est en paix avec sa vie, en paix avec les autres, et l'on peut mourir serein, même si l'on est encore jeune.
Ch 4 : Etre vivant
p. 73 - Ne pas refuser la mort, ne pas la laisser envahir le champ de sa pensée, mais vivre, aller au bout de soi-même, au bout de sa relation avec les autres.
Apprécier la vie
p. 75 - On cherche trop souvent la question du sens à l'extérieur de soi, comme si elle pouvait nous être livrée toute prête. Or le sens est en nous. Mais il s'élabore et se construit en grande partie à travers les épreuves. L'épreuve confronte donc à une vulnérabilité extrême et en même temps, au creux de cette impuissance, on assiste au surgissement d'une force insoupçonnée.
p. 80 - La plupart de ceux qui ont eu une expérience de mort imminente (NDE : near death experience), spontanée ou à l'occasion d'un accident ou d'une opération, disent qu'ils reviennent transformés. Ils n'ont plus peur de la mort et ils prennent conscience de la valeur de la vie, ils l'apprécient.
L'esprit du plein
p. 83 - Yvan nous rappelle que nous "sommes des semeurs de
plein" et que "s'il y a une lumière en nous, il faut qu'elle sorte,
il faut qu'elle éclaire".
Oser la rencontre
p. 87 - L'autre qui souffre et va mourir me renvoie à ma propre humanité d'être mortel. Moi aussi, je serai un jour à cette place-là, souffrant et mourant, moi aussi je ne suis que de passage sur la terre et il m'appartient de donner du sens à mon existence. Lorsque les barrières défensives que nous mettons entre nous pour nous protéger disparaissent, lorsque nous risquons la rencontre de coeur à coeur, la conscience de ce qui nous unit nous procure alors une joie que l'on peut qualifier de spirituelle.
p. 90 - [...] Alors ce n'est plus une relation entre une personne forte de son soi-disant pouvoir ou de son soi-disant savoir et une personne affaiblie et impuissante. C'est une relation entre deux personnes qui souffrent, chacune à leur manière, de leur condition d'être mortel.
Etre responsable
p. 92 - "Etre responsable, c'est avoir abandonné toute revendication de propriétaire. C'est être serviteur de la vie, serviteur d'une intention qui fait prendre conscience à quel point nous sommes responsables de ce qui est là, tout en n'étant propriétaire de rien..." [Yvan Amar]
Le vécu de confiance
p. 99 - Nous imaginons trop souvent que celui qui souffre et
qui va mourir n'a pas la force de vivre ce qui lui arrive. Nous l'infantilisons,
nous le surprotégeons. (...)
Yvan nous invite à avoir confiance dans la force
intérieure, qui ne se voit pas toujours de l'extérieur, mais qui est là dans
les profondeurs. Qui sait ? Peut-être l'autre attend de notre part cette
confiance ? Une confiance qui va l'aider à trouver le chemin de sa propre
confiance.
Vivre la joie
p. 103 - Quelques mois après la parution du livre [La Mort intime], j'ai reçu la lettre d'une femme qui venait d'accompagner son père : "Je repense aux derniers instants de mon père. J'ai eu la chance d'être là quand il m'a demandé s'il allait mourir avec tant d'angoisse dans les yeux. Personne n'avait eu le courage de lui dire. Je l'ai regardé bien en face en souriant, main dans la main, et je lui ai dit : "Oui, tu vas mourir, mais je suis là et je t'aime. On ne se quittera pas. L'amour est plus fort que tout et ne nous séparera jamais". J'ai vu mon père se transformer, se redresser même dans son lit et quelle joie dans le regard. Je l'ai senti libéré d'un coup et prêt à partir".
Entrer vivant dans la mort
p. 104 - (...) Un plan de l'existence demeure, celui de la vie intérieure, intime, spirituelle, celui de la relation à soi et à l'autre. Ce plan de l'existence ne relève pas tant du "faire" que de l' "être". [...] Combien de personnes témoignent de la force des derniers échanges avec un être cher qui va mourir ?
p. 106 -
Ce qui attache nos grands vieillards qui n'arrivent pas à mourir dans nos
services de gériatrie ou nos maisons de retraite n'est-ce pas la frustration,
le regret, le nostalgie de tout ce qui n'a pas été vécu ? Ceux, au contraire,
qui ont vécu pleinement et intensément leur vie, les joies comme les peines,
vont vers la mort comme vers une ouverture de lumière.
Ch 5 : Mourir accompagné
Les enjeux de l'accompagnement
p. 120 - L'accompagnement est double : il permet d'aller
jusqu'au bout d'une relation. En ce sens il apaise et donne la force de
continuer. Il permet, par ailleurs, à celui qui va mourir d'être vivant
jusqu'au bout, de vivre ses derniers élans, de déposer dans l'oreille et le
coeur de ceux qui l'entourent les mots qui aideront à vivre, les mots qui
permettent de partir en paix.
[...] L'amour, l'attention, la présence confiante d'un
être cher près de soi aident à lâcher prise. C'est la raison pour laquelle
l'accompagnement est fondamental , essentiel.
Quelques principes pour l'accompagnement :
- Etre vrai
p. 123 - La personne en fin de vie dit : "Je sais bien que je m'en vais, mais c'est difficile de le dire à mes proches". Elle protège les siens qui croient de leur côté la protéger en ne lui parlant pas. Cette protection réciproque dans le mensonge ne fait qu'augmenter l'angoisse des uns et des autres.
- Rester présent malgré son impuissance
p. 128 - Une présence calme et contenante est la seule chose que l'on puisse vraiment offrir à quelqu'un qui est en train de mourir. Face à l'angoisse - l'angoisse de disparaître - elle est comme une peau invisible qui protège. On sait combien le contact est essentiel pour pallier l'angoisse.
- Protéger le sentiment de la dignité
p. 137 - Quand quelqu'un me dit :"Ma vie n'est plus digne", [...] j'estime alors qu'il est de ma responsabilité d'humain non pas de le rassurer faussement à propos d'une dégradation qu'il perçoit à juste titre, mais de lui faire sentir qu'il reste un être de relation jusqu'au bout. Car c'est le fait que je suis un être de contact, d'échange, qui fait que je suis digne.
Ch 6 : Une leçon de vie
p. 163 - Dans une société qui refuse la mort, il est courant
que les familles fassent hospitaliser leur mourant au tout dernier moment pour
qu'il ne meure surtout pas dans sa chambre. (...)
Ce qui se passe dans la chambre d'Yvan est tout à fait
extraordinaire. On sent à quel point les choses sont vécues simplement,
naturellement. La vie continue. On entre, on vient embrasser Yvan, passer un
moment près de lui, on sort. La chambre est dans une pénombre tranquille. Yvan
semble d'ailleurs comme environné d'une atmosphère de paix profonde. Les gens
qui entrent dans la chambre sont surpris : "Mais on dirait qu'il est
vivant, qu'il va respirer, qu'il va ouvrir les yeux".
p. 176 - Bien des questions tournent autour de la mort d'Yvan. Les gens se demandent où il est maintenant, vers quel lieu il est allé. Le sage [ami d'Yvan, qu'il avait connu en Inde et dont il avait suivi l'enseignement] répond alors : "Yvan a quitté son enveloppe mortelle. L'esprit ne naît ni ne meurt. Yvan n'est allé nulle part. Il est là où il était avant que son corps ne meure. Il est là où est le Divin. Yvan est présent. Il est avec vous à travers son enseignement. [...] Cultivez la foi et la confiance en votre nature divine... Souvenez-vous du divin chaque fois que vous respirez".
Ch 7 : La mort met fin à la vie, mais pas à la relation
p. 180 - Plutôt que de se plaindre ou de se révolter contre sa maladie, il en a fait son maître. Il vivait ainsi son propre enseignement : être disciple des situations plutôt que victime ouvre à la vraie liberté. Ainsi Yvan a-t-il vécu sa vie, ainsi l'a-t-il accomplie.
p. 183 - Les derniers moments d'un être aimé peuvent être l'occasion d'aller le plus loin possible avec cette personne, dans une intimité et une profondeur parfois encore jamais atteintes. On croit tout connaître de l'autre, et voilà que dans ces moments ultimes, on découvre ce que l'on n'aurait jamais imaginé découvrir, des trésors d'humanité. Malgré les ravages de la maladie ou de la vieillesse, l'être humain n'a jamais dit son dernier mot.
p. 185 - Nous avons voulu, enfin, montrer que cette mort lucide, consciente, acceptée, malgré la souffrance et la peur, a été une leçon de vie et d'amour pour les autres. Aucune violence ne l'a accompagnée. Simplement le déroulement tranquille des choses, le silence, la tendresse, les mots qui apaisent. Est-ce pour cela que sa femme, ses enfants sentent encore, cinq ans après, la force que leur a communiquée Yvan ? Une force d'amour.
Préparer
sa mort
Nicolle
Carré - Ed. de l'Atelier, 2001
Introduction
p. 15 - La maladie grave, en me sortant de ma souffrance, m'a fait découvrir de façon nouvelle que nous faisons partie d'un même corps, chacun pour sa part. Je ne suis pas seule. Ce que je vis concerne tout le corps, ce que les autres vivent me concerne. C'est moi qui vais mourir, mais ma mort n'est pas ma seule affaire.
Ch. I - Ce n'est pas la grande forme
p. 21 - Faire comme si tout allait bien ne comporte-t-il pas une certaine sagesse ? [...] Faire comme si nous n'avions pas peur nous enlèvera-t-il toute peur ? Faire comme si nous étions heureux et sourire, rire, nous rendra-t-il heureux ? Si la peur s'en va, si le bonheur vient, c'est qu'autre chose s'est ajouté au faire comme si. Ce quelque chose est de l'ordre de l'ouverture. [...] A force de faire comme si on finit par en avoir assez de faire comme si. Le temps de la conversion vient alors, brusquement ou subrepticement.
p. 24 - " Soyez comme des enfants " (Mt 18, 4). On n'est pas obligé de faire comme si on était grand. Personne n'est grand devant le malheur, pas même le Christ. Lui qui est Dieu. Jésus a souffert, il a appelé au secours. Il n'a pas craint de déchoir de son image. Il ne s'est pas présenté comme Tout-Puissant mais en vérité, et cela jusqu'au dernier moment de sa vie (Ph 2). Il n'a pas fait semblant.
p. 27 - (...) Accepter d'en être là où on en est, ce n'est pas s'y complaire, baisser les bras ; c'est sortir du mensonge dans lequel nous vivons et nous accueillir nous-même. (...) Nous accepter là où nous en sommes, c'est nous donner le moyen d'entrer en relation avec l'autre, l'autre humain, l'Autre qui est Dieu en nous. Que nous croyions en Dieu ou non, il est en nous une profondeur plus profonde que ce que nous pouvons percevoir de nous-mêmes et nous savons bien que c'est elle qui nous guide.
Ch. II - Dire. Ne pas rester seul
p. 31 - En apprenant à dire
ma souffrance je ne l'ai pas apprivoisée, je ne m'y suis pas habituée. Mon
coeur s'est élargi, j'y ai mis des larmes à la place de la révolte. J'ai cessé
de vouloir maîtriser. Mes limites sont le lieu où je reçois Dieu et le monde,
l'un par l'autre, inséparablement.
p. 39 - Amis, lorsque je
sentirai la mort venir, ne me laissez pas seule. Tenez-moi la main, soyez auprès
de moi, non pour me cacher de la mort mais pour dire oui, pour dire oui à la
Vie. Vous découvrirez avec nous ces mondes intérieurs auxquels nous naissons
tandis que notre corps s'en va en ruines.
Ch. III - Poser des signes de vie
p. 44 - Le sacrement des malades fut pour moi une initiation au sens profond du terme. Ce fut un nouveau commencement. [...] La maladie grave a brisé ma compréhension étroite du monde pour m'ouvrir à d'autres horizons dont je pressens que les limites ne sont que celles que je donne. Il y a en moi une joie profonde, paisible. Je me sens vivante malgré mes limites physiques, psychiques et spirituelles. Je ne cherche plus à tout tenir. La peur s'en va tout doucement de ma vie et elle est remplacée par la confiance.
p. 52 - Vous tous qui m'avez
montré votre amour, je ne me lasse pas de vous dire merci. [...] Avec votre
aide, avec l'aide de Dieu, je renonce au " vieil homme ", j'accepte d'être
délivrée de mes tristesses et de ma peur, je dis oui à la Vie. Je consens à
mourir, à mourir à mon moi étriqué, pour m'ouvrir à ce que je ne connais
pas. Je m'ouvre à l'Amour, telle que je suis. En vous prenant pour témoins je
consens à me laisser déplacer, à ne pas tenir la vie mais à la recevoir.
Ch. IV - Se préparer comme avant un accouchement
p. 53 - Je me préparais, je préparais la maison. [...] Mettre de l'ordre, il n'y a rien de tel pour se préparer.
p. 57 - Au fond de moi, je
sais que mes enfants ne m'appartiennent pas, pas plus que mon mari. Comme le dit
le poète Khalil Gibran, ils ne sont pas mes enfants mais les enfants de la vie.
Je voudrais que l'odeur de cette maison soit plus que mon odeur, qu'elle soit
l'odeur de la vie. Je voudrais qu'en touchant les objets de cette maison ils se
rappellent la vie. La vie qui m'a portée les porte aussi et continuera à les
porter, que je sois là ou non.
[...] Je laissais des signes
d'affection, des signes de confiance. Je laissais aussi des signes de foi, cette
foi qui me fait vivre et dont je n'ose pas toujours parler. J'avais écrit, dans
le bonheur, des références de textes bibliques, de chants qui m'étaient
chers, pour aider les miens à préparer la cérémonie religieuse au cas où je
mourrais.
Ch. V - Laisser un message
p. 63 - Je voudrais que ma mort soit l'acte suprême de ma vie, qu'il soit un résumé, une reprise, un accomplissement de ce que j'ai désiré vivre, qu'il soit porteur d'avenir, qu'il ne soit pas tourné vers le passé, en regrets, mais ouverture.
p.69 - Je crois en un Dieu qui fait vivre. Je crois en un Dieu qui est le fond du fond de chaque homme. Nous pouvons ne pas croire en Dieu à cause de ce qu'on nous a dit de Lui ou de ce que nous en pensons. Non, Dieu n'est pas le Tout-Puissant, à la manière d'un Jupiter, Dieu s'est caché dans le coeur de l'homme ; il s'est fait petit jusqu'à confier aux hommes la responsabilité de son Nom. Dieu ne se comprend qu'avec le coeur.
p. 72 - " Celui qui
croit en moi, même s'il meurt, vivra " ( Jn 11, 25 ). Je ne sais comment
cela se fera. Je sais que c'est vrai. Je crois, aussi, que la vie, avec tous
ceux qui nous ont précédés et ceux que nous précéderons dans la mort,
continue.
Ch. VI - Une vie nouvelle
p. 77 - Lorsque je pense à ces heures vécues, j'y trouve des moments de crainte devant l'inconnu, mais jamais une opposition entre vie et mort. La mort n'y est pas la dernière limite, l'événement final qui annule ce qui a précédé. Elle est ce que JE vais vivre. Elle est le Oui pleinement dit, mort à moi-même pour renaître. Je suis enfin nourrie, la vie se dilate jusqu'à comprendre la mort. " Celui qui perd sa vie la trouve " ( Jn 12, 23 ). Je sens en la mort un mystère plus grand que tous nos raisonnements philosophiques et que toutes nos exhortations pieuses.
p. 82 - La souffrance n'est acceptable que si l'on ne la sépare pas de la vie, que si l'on accepte de la vivre plutôt que de la subir. Elle n'a pas de sens si elle n'est pas vie, démarche de vie. Jésus n'a pas choisi la souffrance ; il a choisi la vie et cela l'a conduit où nous savons : à la mort mais aussi à la résurrection. La question est posée à l'envers lorsque l'on veut éliminer la souffrance à tout prix. C'est vivre dont il s'agit d'abord.
Ch. VII - Guérir
p. 92 - En commençant à dire :
" Quand je guérirai " [au lieu de " Si je guéris "]
l'avenir s'ouvrait en devenant présent. GUÉRIR cessait de désigner mon seul
corps et s'appliquait à mon être tout entier. Guérir devenait une
proposition, un choix de vie, une question de foi, de confiance.
" Si tu veux ".
p. 94 - Je suis en rémission pour la deuxième fois. Je sais que je peux rechuter à nouveau. Peut-être mourrai-je de cette leucémie, peut-être mourrai-je d'autre chose, dans un délai que j'ignore. Mon corps est encore las et je sais qu'un jour je mourrai, comme tout un chacun. Et, malgré cela, une parole folle qui est sagesse me rappelle que je peux être guérie.
p. 96 - J'ai entendu l'appel à croire en la gratuité de la guérison et décidé d'y dire oui. La guérison c'est croire au don ; je ne dicterai donc pas à Dieu comment il doit me guérir. [...]
p. 99 - Guérir c'est " Dieu (
qui ) aura sa demeure avec les hommes. Il essuiera toute larme de leurs yeux :
de mort il n'y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine il n'y en aura plus
" ( Ap 21, 3 - 4 ).
Ch. VIII - Trouver le repos
p. 104 - Les petits plaisirs de la vie c'est l'antidote aux petits malheurs qui sont les plus difficiles à vivre.
p. 106 - Il y avait du repos dans cette ouverture au plaisir sans accaparement, dans l'attention à prendre soin des autres et de moi. Je me reposais de l'habitude. Je quittais les occupations bien en place qui permettent d'éviter de penser et de sentir, je découvrais la richesse du présent. J'entrais dans un nouveau rythme.
p. 112 - Trouver mon repos en Dieu est certainement ce que j'ai appris de plus grand durant ces mois de maladie.
Ch. IX - Tout est donné
p. 117 - Comme tous ceux qui sont vivants alors qu'ils auraient dû mourir, je sens que la vie est donnée et j'en serai reconnaissante le reste de mes jours. [...] Oublier le don c'est comme mal respirer ; si je respire mal je vis mal, si je ne respire plus je meurs. Le don est ma source, le souvenir du don est ma respiration.
p. 123 - La chose donnée n'est rien en elle-même. Elle est signe. Elle est signe de celui qui donne. [...] Celui qui donne en vérité reconnaît toujours ma dignité ; il s'efface derrière ce qu'il donne. Ce qu'il a donné ne le regarde pas. Il se donne. Mais, à moi, il est important de reconnaître le don pour reconnaître la Vie et la laisser couler. Il n'y a de don que la vie. Il est important de reconnaître le don pour aller à la source du don. Ceux par qui le don nous vient changent, la Source demeure.
Ch. X - Et après ?
p. 130 - Maintenant, je sais que dans ma peur de la mort il y a une peur de la vie, une peur de la vie en plénitude et que notre monde, trop souvent, appelle refus de la mort ce qui est refus de la vie. Nous voulons tout prévoir, tout assurer. La vie ne le peut pas. Elle est imprévu, spontanéité, ne rien tenir, ouverture, générosité.
p. 131 - Vivre c'est surtout me livrer à chaque instant sans arrière-pensée.
p. 137 - J'aime qu'on ne fasse pas de
différence entre s'aimer soi-même et aimer les autres.
Aimer les
autres n'est pas dans l'effort, dans la négation de soi-même. [...] Aimer c'est s'occuper de la vie, c'est cultiver la vie comme un jardin,
la faire grandir. Aimer c'est entrer dans la patience et aussi dans la
souffrance. On va de l'avant sans rien tenir, sans même savoir qu'on aime ; si
on le sait, c'est comme ne le sachant pas.
p. 138 - Aimer c'est accepter d'être aimé.
Vivre
avec une personne malade
Des conseils pour
la famille, les soignants, les accompagnateurs
Nicolle
Carré, Hubert Paris – Ed. de l’Atelier, 2007
p. 23
– Accueillir ce que dit la personne malade. Ecouter les choses comme elle nous
les dit. Il ne s’agit pas d’avoir le détail précis, d’avoir l’enchaînement
logique. La personne n’est pas son histoire. Elle est plus grande, plus large,
plus profonde.
2 Qui est la personne qui souffre ?
p. 43
– Les
aspirations de la personne malade
·
Elle a besoin
de dire qui elle est.
·
Elle a besoin
de se situer dans son existence
p. 50
– La personne malade a besoin de faire la vérité, de donner sens à son vécu
pour découvrir sa vie. (...) Cela exige beaucoup de temps pendant lequel elle a
besoin de formuler ce qu’elle découvre. Cela suppose également un
environnement affectif accueillant, ouvert, inventif, dont l’écoute est
attente active.
·
Elle a besoin
de se projeter dans son devenir.
p. 51
– La découverte de nouvelles valeurs ou l’enracinement dans des valeurs déjà
acquises est une ouverture sur le devenir de sa « vie-avec-la-maladie ».
·
Au-delà du
besoin
p. 52
– (...) les besoins spirituels sont ce qui fait que chaque homme est porteur
d’une promesse comme le fruit qui doit mûrir, c’est pourquoi nous ne devons
jamais les éteindre.
p. 56
– Il est important de voir qu’il y a une symétrie à la relation de
visiteur à malade : c’est celle de malade à visiteur. Considérer la
rencontre avec les malades selon les deux versants de la relation c’est
reconnaître la personne malade pour ce qu’elle est : notre égal.
C’est la seule façon d’accompagner réellement.
p. 60,
sqq. – Ce n’est pas tant la quantité de présence qui compte mais sa qualité.
Ceci est particulièrement important pour les proches des malades. Nous
confondons facilement efficacité et fécondité. Ce qui est fécond donne à
vivre. L’efficacité sans fécondité n’est rien.
Etre
présent
p. 65,
sqq. – Même aux gens qui ne peuvent pas parler, même aux comateux, il faut
parler. Les malades ont besoin de parler, mais ils ont aussi un grand besoin que
nous leur parlions, que nous les reconnaissions dans leur valeur profonde. Si
quelqu’un compte pour nous, les mots viendront, nous ne savons lesquels, nous
ne savons comment, mais ils viendront.
Le vrai silence donne naissance à la parole. La parole fait vivre.
p. 67
– Quand quelqu’un s’exprime, il ne faut pas trier ou classer. Tout est
important pour lui. Il faut donc tout prendre. Ce n’est pas facile
d’accueillir ce qu’exprime la personne malade sans chercher à interpréter.
Il faut écouter, « sentir », avancer à petits pas, sans juger, et
s’engager.
p. 67
– Les malades, comme chacun de nous, demandent moins des réponses qu’une écoute.
Nous n’avons donc pas à chercher fébrilement quoi répondre. Nous avons plutôt
à lâcher prise pour pouvoir être touchés et entendre. Cela n’est jamais
fini.
-
Les pages 68,
sqq. donnent des REPÈRES POUR L’ECOUTE
- Les pages 70, sqq. suggèrent comment Répondre aux questions des malades :
· quand un malade dit : " Je vais mourir "
· quand
un malade dit : " Qu'on en finisse
p. 78
– Nous accompagnons, non pas parce que nous avons quelque chose que l’autre
n’aurait pas, le croire ou le faire croire serait illusion, mais parce que
nous avons besoin les uns des autres.
(…) Essayons d’être nous-mêmes, de témoigner de ce qui nous
fait vivre. Ne cherchons pas à être suivis. Venons seulement parce que nous
croyons en un chemin de vie, même à travers la maladie.
p. 100-
Il est un groupe qui ne fait pas partie du triangle [malades – familles -
soignants] : ce sont les associations, les bénévoles, les aumôneries.
Ils ont un rôle très important par rapport à ce triangle. Selon la place
qu’ils y prennent, la configuration du triangle est changée. (...) Eléments
tiers dans une relation constituée, ils sont ceux qui peuvent ou non favoriser
les relations. Ils ne sont pas « les » personnes indispensables, ils
sont les personnes disponibles à ceux qui en ont besoin.
p. 105
– Que nous croyions en Dieu ou que nous n’y croyions pas, ce que nous avons
en commun c’est d’être des humains et chercher à nous accepter comme
humains. Il y a un chemin d’humanité possible, avec ou sans Dieu.
(...)
Nous
avons tous besoin d’une confiance donnée et reçue pour vivre. On peut
l’appeler la foi, la fonder sur l’amour, nommer Dieu comme étant sa source ;
des athées, des agnostiques mais aussi des croyants diront volontiers qu’ils
croient en la capacité de l’humain à développer sa faculté à être.
C’est cette foi qui fait qu’il y a encore de la vie jusque dans les moments
les plus sombres, c’est cette foi qui aide à traverser la souffrance, qui
permet de vivre le mystère, c’est cette foi qui donne à certains d’espérer
en quelque chose après la mort et aux autres de mourir avec le sentiment
d’une vie accomplie.
p. 112 – La perspective de notre propre mort nous bouleverse, mais elle n’anéantit
pas tout désir. Dans sa violence, elle peut être comme un réveil à un
essentiel tout à fait personnel. Elle n’anéantit pas les projets, elle les réoriente.
(...)
Devant
la mort proche d’un autre, se lèvent l’angoisse, la peur, le
recroquevillement sur soi-même, l’envie de fuir, de ne rien voir, de ne rien
entendre.
p.
114 –
p.
116 –
Mourir n’est pas une fin de partie mais l’acte de
ressaisissement de toute une vie, de façon éminemment personnelle, unique.
(...) Plus l’approche de la mort va être vécue ensemble, plus ce qui est
plus fort que la mort va pouvoir prendre de place.
Lorsqu’un malade demande l’euthanasie
p.
126 – La douleur peut être majorée par l’angoisse, la solitude. Là
encore la douleur mais aussi la souffrance psychique qui l’accompagne doivent
être entendues. Quand elles le sont, bien des demandes d’euthanasie
disparaissent.
Lorsqu’un membre de la famille, un proche, souhaite
ou demande l’euthanasie
p.
128 –
(...)
Est-il
plus humain de supprimer celui qui souffre ou de l’accompagner ? (...)
Quand nous revendiquons l’euthanasie au nom même de notre dignité que
faisons-nous des répercussions d’un tel acte sur les autres : malades,
famille, soignants ?
Les soignants entre l’euthanasie et l’acharnement
thérapeutique
p.
130 –
Les soins palliatifs
p.
133 - Ceux qui connaissent les soins palliatifs y voient la promesse qu’ils ne
seront pas laissés seuls, qu’il n’y aura ni acharnement thérapeutique ni
euthanasie et que tout sera fait pour la mort la plus humaine possible. Ce qui
ne signifie pas une mort sans souffrance.
7
– Au bord de la mort : les besoins du malade
Qu’est-ce que les besoins spirituels ?
p.
141 –
p.
143 –
Les besoins religieux en fin de vie
p.
145 – Les besoins religieux sont liés à une relation personnelle à Dieu en
même temps qu’à une communauté de foi
(…)
Le
religieux est inséparable de l’humain corps et esprit. C’est pourquoi les
aumôneries viennent « d’abord écouter la souffrance et entendre
l’espérance : celle des personnes malades, celle de leurs familles,
comme aussi celle des soignants » ( Fr. P. Rochat ).
Espérance, où es-tu ?
p.
148 – Tous nous avons quelque chose à faire fructifier. Même si nous croyons
n’avoir pas été aimés, la vie nous a été donnée. Désirons-nous mourir
vivants ? Pouvons-nous voir la vie jusque dans le mourir, sommes-nous des
porteurs de vie, jusque dans la mort ? Il y a des morts qui donnent la vie
et qui ne sont donc pas des fins de vie comme des fins de partie. Elles sont
comme le grain qui tombe en terre et porte beaucoup de fruits. Le croyons-nous ?
Nous tenir rassemblés
p.
149 – La personne malade, proche de la mort, n’a pas besoin de gens forts
mais de gens proches, de gens à sa hauteur. (…)
p.
152 – Quand quelqu’un meurt, il a besoin, au moment de quitter cette humanité,
de sentir son lien avec elle. (…) Nous avons besoin que ceux qui s’en vont
nous laissent le message de leur vie, (…) nous donnent à vivre. (…)